Décoloniser le genre, la sexualité et la santé mentale

De quelles façons les traumatismes infligés à mon peuple par les pensionnats autochtones et la rafle des années 1960 ont-ils influencé notre perception du genre et de la sexualité? Comment la religion a-t-elle changé la manière dont nous percevons les relations humaines? Comment la perte de notre langue maternelle a-t-elle marqué la manière dont nous parlons de genre et de sexe? Ce sont des questions que je me pose lorsque je réfléchis aux raisons pour lesquelles les Autochtones ont des taux disproportionnellement élevés d’infections transmissibles sexuellement, incluant le VIH/sida. Les communautés autochtones peuvent également être très transphobes et homophobes en raison des effets du colonialisme et de l’omniprésence de l’homophobie et de la transphobie ailleurs dans la société.

Mais le problème le plus fondamental qui nous touche est la stigmatisation et la manière dont cela affecte la santé mentale des peuples autochtones à travers le Canada.

Je suis membre de la Première Nation crie Saulteaux et je m’identifie comme étant une personne queer, transgenre et bispirituelle. J’ai grandi dans une communauté urbanisée et j’ai passé une grande partie de ma vie dans le mouvement des centres d’amitié, entourée d’autres Autochtones. Je considère avoir eu beaucoup de chance de grandir en tant que trans et queer dans une communauté urbaine où, contrairement à mes ami(e)s autochtones bispirituel(le)s de la communauté LGBTQ+ vivant dans le Nord, j’ai pu avoir accès à de nombreuses ressources et à l’espace nécessaire pour explorer mon identité.

J’ai eu accès à l’information et aux connaissances qui m’ont permis d’élargir mes propres connaissances sur la sexualité et le genre. J’ai eu accès à des lieux qui m’ont permis d’affirmer mon identité et je sais où je peux rencontrer d’autres membres de la communauté LGBTQ+. Je peux choisir avec quelles communautés je souhaite passer du temps. Je sais comment avoir accès à un traitement hormonal et je sais que les coûts de ma transition peuvent être couverts par mon statut d’Indien. J’ai été capable d’en apprendre plus et de promouvoir la sexualité et le genre sans avoir peur du regard des autres. Parce que j’ai eu accès à des ressources, je n’ai pas peur d’être qui je suis. Parce que je suis à l’aise avec mon identité, je suis à l’aise avec mon corps et avec le fait d’explorer et d’apprendre comment parler de la santé sexuelle. Il a également été plus facile pour moi de déstigmatiser mes propres points de vue touchant la sexualité et le genre, au point où j’ai décidé de poursuivre une carrière en santé sexuelle. Ce choix m’a permis d’apprendre à naviguer à travers le système de santé avec aisance. Je sais où me rendre pour passer un examen de routine en santé sexuelle et je saurai quoi faire si je contracte une ITS. Je connais les méthodes contraceptives qui me sont accessibles en raison de mon statut d’Indien et je sais comment obtenir la pilule contraceptive d’urgence Plan B à un moindre coût. Je sais où obtenir des services d’aide en cas d’agression sexuelle et je sais où me faire avorter si jamais j’en ai besoin. J’ai développé les connaissances de base en santé sexuelle grâce à l’enseignement prodigué à l’école publique. Je crois que ce sont des choses que beaucoup d’entre nous tiennent pour acquises.

Au cours de la dernière année et demie, j’ai travaillé auprès de plusieurs communautés autochtones pour élargir leur compréhension de la santé sexuelle, du genre et de la sexualité. J’ai également travaillé avec plusieurs jeunes leaders autochtones qui effectuent le même travail. Raconter des histoires dans des cercles de partage, lors desquels les participant(e)s sont assis(e)s en cercle et partagent leurs récits sans interruption, est une méthode autochtone de transmission du savoir qui est devenue fondamentale à mon travail. Il est important pour moi de consacrer du temps à écouter les diverses expériences vécues par les Autochtones en matière de santé sexuelle, de sexualité et de genre. C’est à travers ce procédé que j’ai appris plus concrètement comment l’histoire violente du colonialisme a marqué beaucoup d’Autochtones à travers le Canada et que de nombreux Autochtones ont toujours des préjugés sur la santé sexuelle, la sexualité et le genre. J’ai rencontré plusieurs Autochtones qui m’ont raconté leurs expériences et m’ont donné l’autorisation de partager quelques éléments de leurs récits avec d’autres personnes dans le but d’entamer un dialogue.