Réflexions sur les raisons pour lesquelles le sexe est bon quand je vais bien

Ma santé sexuelle représente plus pour moi que des condoms gratuits et des dépliants reçus lors d’un événement, ou quelques dépistages par année.

Ce qui se passe ailleurs dans ma vie a un impact considérable sur mes décisions en lien avec le sexe, le nombre de relations sexuelles que j’ai, et comment je me sens avant, pendant et après. J’aimerais partager mes réflexions sur quelques facteurs qui peuvent favoriser notre santé mentale et sexuelle et avoir un impact positif sur notre bien-être général :

  1. des professionnel(le)s et des services accessibles et compétents, et
  2. des espaces pour déconstruire et assimiler la stigmatisation et la discrimination.

Il est important de discuter de ces choses, car la sexualité est souvent déconnectée des autres aspects de notre vie. Cette connexion est primordiale si nous voulons explorer les interrelations entre notre santé mentale et sexuelle.

Les professionnel(le)s médicaux doivent nous demander ce qui se passe dans les autres sphères de notre vie. Ce faisant, ils comprendront mieux l’impact de nos relations, de notre vie sociale, de notre travail et de nos études sur notre santé et notre bien-être. Si certains services de santé ne sont pas culturellement sûrs ou éclairés par le vécu social, en particulier pour les minorités sexuelles et de genre, des individus pourraient ne pas recevoir les soins dont ils ont besoin et qu’ils méritent. Par exemple, il se pourrait qu’on ne nous fasse pas les bons prélèvements lors d’un dépistage d’ITS de routine, ou qu’on n’aborde pas la contraception avec les hommes trans à cause de suppositions hétéronormatives quant au type de relations sexuelles qu’ils ont. Ou encore, il se pourrait que des hommes gais, bi et queer n’aient pas accès à la PrEP au moment où ils en ont besoin, même s’ils forment la population affectée de la manière la plus disproportionnée par le VIH au Canada.

Accroître l’accès au traitement du VIH, à la PrEP et à la contraception peut être une façon de rehausser la confiance et l’aisance des gens face au sexe; et cela a également un impact direct sur notre santé sexuelle et mentale. En s’inquiétant moins du VIH ou de la grossesse, certaines personnes pourraient être moins stressées ou anxieuses. Mais ce pourrait aussi être une excellente occasion d’avoir des conversations avec nos partenaires au sujet du sexe que nous voulons, et d’être confiants que nous avons les outils et le soutien pour le concrétiser.

L’accès à des professionnel(le)s de la santé mentale compétents est aussi important. J’aimerais tant que les histoires de personnes qui consultent un thérapeute (parfois durant des années), mais qui ne se voient jamais poser de questions sur le sexe ou la sexualité, soient des exceptions. Si nous ne pouvons pas parler de nos identités sexuelles dans un espace aussi sécuritaire que la thérapie, celle-ci ne pourra pas nous aider à relier l’identité sexuelle aux autres aspects de notre vie.

Il y a des conséquences plus larges au fait de ne pas pouvoir parler ouvertement et franchement avec notre médecin, notre thérapeute ou l’intervenant de notre clinique de santé sexuelle. Au-delà de l’impact immédiat sur notre bien-être, et plus précisément sur notre santé sexuelle, cela perpétue l’idée que la discrétion est le fondement du rapport normal et attendu avec le praticien. Cela empêche également de normaliser le sexe et la sexualité en tant qu’aspects fondamentaux d’une discussion sur la vie humaine saine.

Il est important d’identifier et de déconstruire la stigmatisation dans nos collectivités. Un langage stigmatisant dans nos communautés a de vastes impacts négatifs. Par exemple, le sexe entre hommes est constamment décrit en termes de risque plutôt que de plaisir, ce qui perpétue l’idée que les personnes qui appartiennent à ces communautés ou y sont associées sont une menace pour la santé publique. Sur le plan individuel, des membres de ces communautés peuvent intérioriser ces messages et percevoir de manière négative leurs propres actions ou comportements.

Réfléchissez aux impacts de la stigmatisation sur divers aspects de votre vie. Si nous entendons constamment un langage stigmatisant et l’utilisons pour parler du sexe que nous avons, quel impact cela a-t-il sur notre bien-être? Comment ceci peut-il influencer la manière dont nous parlons de sexe avec nos partenaires, ou les types de sexe que nous avons par rapport au sexe que nous voulons? Avoir un espace pour aborder et normaliser le sexe queer et les défis de santé mentale permet de déconstruire une partie de l’anxiété et de la honte associées à l’intériorisation d’un langage stigmatisant.

C’est là un facteur clé de ma compréhension de ma sexualité queer, au-delà du sexe. Cela m’aide à reconnaître que ma valeur en tant que personne queer ne repose pas sur mon degré de désirabilité sexuelle et que ma capacité d’établir et de cultiver des relations ne dépend pas du sexe que j’ai ou n’ai pas. Lorsque je me sens en bonne santé mentale et que je suis capable d’appliquer ces affirmations, j’ai confiance en les choix que je fais pour ma santé sexuelle.

Le soutien à la santé mentale et la normalisation des défis connexes doivent faire partie de notre approche à la santé sexuelle et à l’éducation en matière de sexualité. Cela pourrait sembler énorme, dans un contexte où les services de santé mentale sont souvent inaccessibles. Mais nous avons la capacité d’encourager des attitudes plus positives à l’égard de la santé mentale dans nos organismes, nos écoles et nos communautés. En reconnaissant l’importance de la santé mentale pour notre santé sexuelle, nous pourrons utiliser cette compréhension pour être plus réactifs au langage stigmatisant; développer des programmes d’éducation et des projets qui reconnaissent et valorisent l’importance d’une santé sexuelle holistique; et militer pour des politiques qui assurent cette connexion aux paliers institutionnel et structurel.

Je n’ai pas la recette secrète qui se résume dans un seul article de blogue, quant aux façons de répondre à toutes ces problématiques qui recoupent tant d’enjeux sociaux, politiques et économiques plus larges. Mais je voulais illustrer brièvement comment l’exclusion de la sexualité, dans nos discussions sur la santé et le bien-être d’ordre mental, peut créer une déconnexion qui empêche les gens d’avoir une vision plus holistique de leur santé sexuelle.

Avoir un bon thérapeute et un bon médecin est une manière parmi tant d’autres de soutenir notre bien-être. Développer une communauté, et interagir avec elle sont des choses qui peuvent aider à chasser la solitude et l’isolement, et à montrer que les personnes queer méritent leur place et que leur sexualité est valide. Mais ceci est important pour tout le monde, à toutes les intersections. La santé sexuelle est une réalité sociale et nous ne pouvons ignorer cet aspect de notre bien-être dans la quête d’une meilleure santé sexuelle pour nous-mêmes et pour nos communautés.