Amour et sexualité : une rétrospective personnelle

Qui aurait cru que des personnes ou des organismes voudraient un jour entendre parler de l’évolution de la sexualité en vieillissant?

L’idée évoque des images de nièces et neveux horrifiés, ne pouvant s’empêcher d’imaginer la scène et suppliant leurs aînés d’arrêter d’en parler. Mais à vrai dire, je n’ai pas l’impression d’avoir vieilli – du moins, jusqu’à ce que j’entrevoie ma réflexion dans le miroir de la salle de bain et que je me dise « hmm, peut-être que oui, en fin de compte ».

Je suis un homme gai de 49 ans, approchant le demi-siècle et vivant avec le VIH depuis plus de 31 ans. Quand je pense à ma sexualité au fil des ans, je peux affirmer franchement qu’elle s’est améliorée constamment.

J’ai la chance d’avoir été travailleur manuel la majeure partie de ma vie, ce qui m’a permis d’avoir un physique assez résilient et une grande mémoire musculaire. Ce n’est qu’au début de l’année dernière que j’ai eu le malheur de développer soudainement ce que l’on appelle la maladie de La Peyronie.

La maladie de La Peyronie est très taboue; elle touche beaucoup plus d’hommes qu’on le croit, mais personne n’en parle. Elle affecte le pénis, surtout lors de l’érection. Ses symptômes incluent (individuellement ou combinés) : une déviation soudaine du pénis à divers degrés; une indentation du corps du pénis, comme si on y avait pris une bouchée; une douleur physique et un inconfort variables pendant l’érection. Souvent, l’angle de flexion du pénis et la douleur qui en résulte rendent l’orgasme impossible.

Dans mon cas, la maladie est due à une blessure subie lors d’une pénétration anale. La contraction au mauvais moment des muscles du plancher pelvien de mon partenaire a bloqué la pénétration et a fait plier mon pénis en deux. Il y a eu un bruit distinct de craquement, puis de la douleur.

Alors célibataire, je n’ai pas eu de relations sexuelles jusqu’au mois de janvier suivant : l’érection faisait très mal. La douleur était si dérangeante que je n’ai pas pu avoir d’orgasme. Peu après, j’ai découvert que mon pénis était fléchi à 75 degrés.

Comprenez-moi bien, j’ai eu des pensées suicidaires parce que je n’arrivais pas à accepter mon nouveau handicap.

Je n’ai jamais considéré le sexe comme étant l’aspect le plus important de ma vie ou de mes amours, mais devant cette affection, j’étais dévasté. De plus, j’ai toujours cru en la monogamie et je l’ai toujours pratiquée assidûment. Je me demandais qui, dans le milieu gai, voudrait rester à mes côtés en dépit de ce nouvel obstacle, à l’heure où l’on se réjouit de partenaires multiples et de relations ouvertes comme d’une sorte de révélation évolutionnaire.

Même si je suis atteint de ce trouble depuis plus d’un an, je n’ai jamais vu de médecin – et ce n’est pas par choix.

Alors qu’un traitement précoce est crucial afin de renverser les effets de la maladie, mon temps d’attente initial était de 7 mois. Onze mois plus tard, j’attends toujours. J’ai pris les choses en main : j’ai fait le plus de recherches possible, je me suis joint à un groupe de soutien pour apaiser ma détresse émotionnelle, je prends des vitamines et j’ai retiré de mon régime un médicament pour le cœur à base de statine.

Tout cela semble jouer en ma faveur, car les symptômes se sont progressivement atténués et j’en suis reconnaissant. Les hommes quarantenaires et cinquantenaires devraient être mieux sensibilisés à cette maladie, et les médecins devraient arrêter de la considérer comme taboue.

Quelques années avant de développer la maladie de La Peyronie, j’avais de la difficulté à m’adapter aux mœurs sexuelles de la région d’Ottawa, étant originaire de Montréal. Les différences sont énormes, dans l’approche sexuelle de ces deux cultures, ce qui m’a souvent laissé insatisfait, voire dégoûté.

La ferveur à l’égard de la criminalisation du non-dévoilement de la séropositivité au VIH avant les relations sexuelles n’a pas aidé. Ceci m’a conduit à n’avoir comme partenaires sexuels que des hommes vivant avec le VIH. Même si la quantité de VIH dans mon sang est indétectable depuis plus de 21 ans, j’ai eu la frousse à quelques reprises lorsque des hommes trop saouls m’ont dit n’avoir aucun souvenir que je leur aie dévoilé ma séropositivité, et je n’ai pas du tout apprécié.

Commencez-vous à déceler un fil conducteur? Voici d’autres détails qui pourraient vous aider.

Les fréquentations sérieuses, les relations sexuelles occasionnelles et la drague en général sont des éléments qui ont évolué si rapidement qu’on a l’impression que les individus sont divisés en groupes et en sous-groupes très spécifiques. Il est incroyablement irritant et pénible de devoir apprendre toutes les abréviations. Mon âme a envie de s’exclamer « Plus personne ne veut simplement trouver quelqu’un à aimer? ».

Les jeunes ont la vie plus facile que nous l’avions, avec les protections juridiques et les réseaux sociaux, quoiqu’à d’autres égards, je crois que la nouvelle génération a perdu beaucoup plus : plus personne ne parle d’amour.

Il va sans dire que des auteurs comme Dan Savage sont un affront à mes valeurs. Leurs propos sont largement acceptés comme étant la pure vérité et c’est ce qui, à mon avis, a égaré la communauté gaie…