Confidences sur l’oreiller : des nouvelles fabuleuses à propos du sexe

Prêts pour des confidences sur l’oreiller?, thème de l’édition 2017 de la Semaine de sensibilisation à la santé sexuelle et génésique, ne pourrait arriver à un moment plus opportun en ce qui concerne le VIH et les relations sexuelles plus sécuritaires.

Bien sûr que nous sommes prêts! Et les partenaires sexuels sérodifférents – l’un des deux est séropositif et l’autre séronégatif – ont toutes les raisons d’injecter un peu de célébration dans leurs confidences sur l’oreiller. Pourquoi? Parce que les experts en science de la transmission du VIH déclarent maintenant que les personnes séropositives ne transmettent pas le virus à leurs partenaires sexuels si elles suivent un traitement contre le VIH, qu’elles reçoivent des soins réguliers et qu’elles ont une charge virale indétectable et ce, avec ou sans condom!

On ne pourrait exagérer la nature « fabuleuse » de cette nouvelle. En ce moment historique, nous célébrons l’avancée la plus importante dans le monde du VIH depuis l’avènement des combinaisons de médicaments efficaces il y a 20 ans. Une personne qui suit un traitement antirétroviral et qui maintient une charge virale indétectable peut maintenant déclarer « Je ne suis pas infectieuse! »

Comment en sommes-nous arrivés là?

Les données de recherche sur la prévention comme outil de traitement s’accumulent lentement depuis de nombreuses années. En juillet 2016, les auteurs de deux grandes études (PARTNER et HPTN 052) ont publié des résultats finaux  révélant zéro cas de transmission du VIH parmi les partenaires sexuels sérodifférents lorsque la personne vivant avec le VIH suivait un traitement, avait une charge virale indétectable et recevait des soins réguliers. Grâce à ces résultats, « Nous disposons maintenant de 10 000 années personnes (de suivi) avec zéro cas de transmission causée par des personnes dont le virus est supprimé », a reconnu le Dr Myron Cohen (chercheur principal de l’étude HPTN 052).

Convaincu par cette masse de données probantes, CATIE a récemment appuyé  la Déclaration de consensus de la campagne pour l’accès à la prévention, célébrant ainsi le fait que « indétectable égale intransmissible ». Mise de l’avant par un groupe de personnes dévouées vivant avec le VIH, cette déclaration révolutionnaire a poussé CATIE à modifier ses propres messages sur la prévention de la transmission sexuelle du VIH. Il est important que tous les fournisseurs de services liés au VIH de première ligne comprennent l’évolution du langage afin qu’ils puissent communiquer correctement ces nouvelles révélations concernant la transmission du VIH.

Dans l’esprit de « lancer une conversation » sur les meilleurs soins possibles en cette Semaine de sensibilisation sur la santé sexuelle et génésique, décortiquons ce message « indétectable égale intransmissible » ou « I=I » en fonction du langage familier du domaine.

Pouvons-nous vraiment dire que le risque n’existe pas?

Oui! Nous pouvons et devons le dire. Même si les études ont fait état de « zéro transmission », le concept de « zéro risque » met de nombreuses personnes mal à l’aise parce qu’il est impossible pour la recherche de prouver de manière concluante que le risque est zéro. Statistiquement, nous ne pouvons écarter la possibilité qu’un très faible risque perdure, peu importe ce que nous disent les données. Mais insister sur la possibilité d’un événement très rare peut aussi être trompeur. Dans le cas qui nous concerne, une masse imposante de données probantes nous révèle que les personnes ayant une charge virale indétectable ne transmettent pas le VIH; dans le jargon de la recherche, on dit que le risque est négligeable (ce qui veut dire insignifiant ou pas assez important pour qu’on en tienne compte).

Mais que veut dire négligeable pour la personne moyenne? Il est certain que ce mot ne transmet pas le grand enthousiasme que cette nouvelle incroyable suscite chez les personnes vivant avec le VIH. Il se peut bien que négligeable soit le mot exact, mais il ne constitue pas un message convenable. Si le risque est négligeable, nous devons être prêts à reconnaître qu’il n’a pas d’importance.

Un message important pour les personnes séronégatives et les personnes séropositives

Les personnes séronégatives ont besoin de savoir que les personnes séropositives qui suivent un traitement, qui reçoivent des soins et qui maintiennent une charge virale indétectable constituent des partenaires sexuels très sécuritaires parce que leur VIH a été diagnostiqué et est bien contrôlé. Cela contredit les messages de prévention qui ont circulé pendant de nombreuses années; dans ceux-là, les partenaires séronégatifs des personnes vivant avec le VIH étaient considérés comme les personnes les plus à risque de contracter l’infection. Nous savons maintenant que la plupart des transmissions du VIH ont comme source des personnes qui vivent avec le VIH sans le savoir (les non-diagnostiqués). Ce changement de paradigme nous oblige à adopter de nouveaux messages qui communiquent clairement où le risque réside réellement, c’est-à-dire pas chez les personnes séropositives diagnostiquées qui ont et qui maintiennent une charge virale indétectable.

Il est également important que les personnes vivant avec le VIH entendent ce message afin qu’elles puissent avoir confiance dans leur capacité d’avoir une vie sexuelle saine. Les personnes vivant avec le VIH continuent de faire face à la stigmatisation, et cela a un impact sur leur vie de plusieurs façons. En continuant d’insister sur un risque qui est négligeable, nous ne faisons rien pour combattre la stigmatisation liée au VIH. Le message I=I peut réduire la stigmatisation en éliminant la peur que les personnes séropositives soient des partenaires sexuels « infectieux » et « dangereux ».

Nous devons nous assurer que nos messages sur la prévention du VIH aident les personnes à qui nous parlons, au lieu de leur nuire. Avec un peu de créativité et d’audace, ces messages peuvent être pertinents pour les communautés que nous desservons tout en restant solidement ancrés dans la science.

Vous pouvez trouver plus d’information sur le site Web de CATIE dans la section intitulée La charge virale indétectable et la transmission sexuelle du VIH. Vous pouvez également trouver des ressources sur la prévention sur le site catie.ca et ajouter le nom de votre organisme à la Déclaration de consensus de la campagne pour l’accès à la prévention. Aidons-nous à répandre la nouvelle! Faites-vous tester, suivez un traitement, devenez indétectable puis faites-vous plaisir!

Par Camille Arkell et Laurie Edmiston, CATIE. Camille Arkell est spécialiste en connaissances, science biomédicale de la prévention, chez CATIE. Laurie Edmiston est directrice générale de CATIE. www.catie.ca