Mon biais inconscient à propos des jeunes, de la reproduction et de la « santé des femmes »

J’ai découvert mon biais inconscient il y a plusieurs années, alors que j’étais infirmière autorisée dans une clinique de planification familiale. Une jeune femme s’est présentée pour un test de grossesse. J’avoue avoir été soulagée par son résultat négatif, et sincèrement surprise que sa réaction en soit une de deuil. En discutant, elle m’a expliqué qu’elle essayait de concevoir, avec le plein soutien de son partenaire et de sa famille. D’où venait donc ma réaction? Pourquoi avais-je supposé qu’elle essayait d’éviter la grossesse, plutôt que l’inverse? Mes suppositions avaient-elles causé de la détresse à ma patiente?

Une approche à la santé génésique qui est fondée sur les droits signifie que chaque individu a le droit de décider s’il veut des enfants, à quel moment et à quelle fréquence. Or notre biais inconscient – cette préférence inhérente que nous ne réalisons pas – pourrait affecter le bien-être mental de nos patient(e)s.

En tant que professionnel(le)s de la santé, nous savons que le bien-être mental de nos patient(e)s est influencé par plusieurs facteurs, notamment le genre, la capacité, les relations, le statut socioéconomique, l’éducation, le soutien social et l’accès aux services. Mais tenons-nous compte de l’impact de notre aisance et de nos biais personnels sur les événements marquants de la vie de nos client(e)s en lien avec les soins de santé génésique?

Même la plupart des recherches sur la santé génésique et le bien-être mental sont axées sur l’expérience de femmes cisgenres de pays à revenu plus élevé. C’est un fait : l’univers de la santé génésique est hyper-genré et synonyme de santé des femmes. Avons-nous inconsciemment exclu les personnes transgenres, les personnes ayant une identité non binaire ou non conforme au genre, ou les hommes, de la recherche et des soutiens relatifs à la santé et au bien-être génésiques? Quelle est l’expérience des couples de même sexe qui tentent d’accéder à des soins de santé génésique? Sommes-nous suffisamment renseignés sur les intersections de la diversité et leurs impacts sur le bien-être mental?

La santé génésique est marquée par de multiples transitions tout au long de la vie – y compris la puberté, la contraception, les tentatives de grossesse, l’infertilité, la grossesse, la parentalité, l’adoption, l’avortement, la fausse-couche et l’andropause/ménopause. Est-ce vraiment tout? Je n’en suis pas certaine; il y en a probablement d’autres. Il est vrai que les risques pour le bien-être mental peuvent augmenter pendant ces périodes de transition de santé génésique. Nous devons nous garder de supposer ce que ces expériences signifient pour chaque individu, mais demeurer conscients de leurs risques spécifiques. Par exemple :

  • La puberté précoce peut s’associer à des impacts sur l’estime de soi, l’image corporelle et la sexualisation précoce.
  • De récentes études indiquent que la dépression et un bien-être réduit pourraient être des effets secondaires de la pilule contraceptive. Les recherches se poursuivent, mais un counselling et un soutien doivent être offerts aux patient(e)s concernant ce risque possible.
  • L’infertilité est une épreuve stressante pour quiconque; elle affecte les relations, l’estime de soi et l’image corporelle et peut s’associer à des épisodes d’anxiété, de deuil et de dépression.
  • Les personnes ayant des antécédents de dépression ont un risque 20 fois plus élevé de dépression postpartum (DPP). Le diabète gestationnel accroît également le risque de DPP.
  • Les facteurs de risque pour le bien-être mental pendant la grossesse et après l’accouchement incluent le tabagisme, la consommation d’alcool, l’utilisation de médicaments sans ordonnance et les antécédents d’abus physique et/ou sexuel.
  • Les taux de troubles de santé mentale sont identiques chez les femmes qui ont une grossesse non planifiée, peu importe si elles optent pour un avortement ou un accouchement; toutefois, celles ayant des troubles de santé mentale sous-jacents pourraient avoir besoin de soutien additionnel.
  • La ménopause peut affecter le bien-être des personnes qui subissent des effets négatifs comme des baisses d’humeur, de l’anxiété, des problèmes d’image corporelle, une faible estime de soi due à la perte du potentiel reproducteur, une libido réduite, des troubles du fonctionnement sexuel, etc.
  • L’andropause peut affecter le bien-être des personnes qui subissent des effets négatifs comme des baisses d’humeur, une libido réduite, de la fatigue, des problèmes d’image corporelle/gain de poids et des troubles du fonctionnement sexuel.

Et il y a des lacunes. Nous ne pouvons pas savoir ce que nous ne savons pas encore. Mais je sais au moins ceci : en tant que professionnel(le)s de la santé, nous avons l’occasion de travailler avec des personnes vulnérables en période de transition. Pour certains, ceci peut être très stressant.

  • Nous devons éviter de faire des suppositions quant à la signification d’une expérience pour nos client(e)s, et leur demander plutôt « Comment ça va aujourd’hui? ».
  • Évitez de supposer la manière dont ils sont affectés, les choix qu’ils pourraient faire, ou qu’ils connaissent toutes les options possibles.
  • Soyez inclusif, lorsque vous parlez de santé génésique, et ouvrez la conversation au-delà de la « santé des femmes ».
  • Utilisez un langage inclusif et évitez les suppositions hétéronormatives, en préférant les termes « partenaire/conjoint » à « époux/épouse ».
  • Connaissez vos ressources, que ce soit pour une personne en infertilité qui envisage des technologies de reproduction assistée, une personne ayant besoin d’aide avec les options de grossesse, un jeune transgenre en phase de puberté ou une personne aux prises avec d’importants symptômes de périménopause.

À la base, nous avons tous le même besoin : un accès en temps opportun à des services inclusifs, exempts de préjugés et non stigmatisants. Après tout, les droits génésiques sont des droits humains qui appartiennent à tout le monde.