Promouvoir la santé sexuelle ne se limite pas à l’accès

Mon expérience d’éducation sexuelle en classe, dans les Maritimes, fut assez typique. Le programme consistait essentiellement à créer des affiches effrayantes d’ITS non traitées, qu’on plaçait dans les salles de toilettes pour faire peur à quiconque osait rêver d’avoir un partenaire sexuel, et qui murmuraient des menaces de purgatoire social à celles qui tomberaient enceintes.

Plus tard, à l’université, on m’a présenté l’idée que la santé ne se limite pas à l’absence d’affection ou de maladie. Elle serait plutôt un ensemble complexe de facteurs qui mènent au bien-être général de l’individu et de la communauté. Ces idées, proposées par des femmes de couleur et des femmes indigènes qui voyaient à quel point un mouvement pro-choix axé uniquement sur l’accès aux soins excluait les personnes marginalisées et échouait à aborder les causes élémentaires des inégalités, étaient à des années-lumière de l’éducation sexuelle que j’avais reçue auparavant.

La santé sexuelle n’est pas la simple absence de grossesse non planifiée ou d’ITS. Promouvoir la santé sexuelle implique de créer un espace où les gens peuvent accéder à l’information dont ils ont besoin pour prendre des décisions relatives à leurs corps, où les déterminants sociaux de la santé sont à la base des politiques, et où les amis, la famille, les professionnels médicaux et les fournisseurs de services reconnaissent et encouragent une justice sociale permettant aux individus de prendre ces décisions dans un milieu sûr.

La santé sexuelle, cet espace où tu peux réellement Aimer tes parties, est un contexte où les gens ont accès non seulement à des soins de santé de qualité, mais également à une éducation à la santé sexuelle complète et fondée sur des données probantes, à des méthodes contraceptives abordables, à des services proches de leurs communautés, à des professionnels médicaux qui comprennent la santé queer et trans, et à une approche aux services et à l’éducation qui aborde les façons dont le racisme, le colonialisme et la transphobie continuent d’affecter la santé sexuelle des individus et des communautés.

Les éducateurs à la santé sexuelle dans les communautés constatent rapidement qu’un travail efficace en matière de santé sexuelle ne se limite pas à la distribution de condoms gratuits (même si ça aide!); c’est une lutte sur plusieurs fronts.

Dans mon travail d’éducatrice à la santé sexuelle, j’ai rencontré de nombreux jeunes qui cherchaient désespérément des moyens de contraception abordables. Vu les options limitées de l’époque, plusieurs n’arrivaient pas à trouver ce dont ils avaient besoin. Ces jeunes étaient souvent à l’intersection de la pauvreté, de l’isolement social et du jeune âge. Malheureusement, plutôt que de considérer leur santé comme un ensemble complexe de facteurs sociaux, les individus en position d’autorité jugeaient souvent ces jeunes selon leur capacité d’éviter ou non la grossesse malgré les obstacles.

La distribution de méthodes contraceptives abordables par des programmes comme le Programme humanitaire d’accès aux contraceptifs (PHAC) était certes cruciale, mais il était également nécessaire de collaborer avec des activistes et des militants à répondre aux facteurs qui marginalisent ces groupes de jeunes.

L’éducation à la santé sexuelle est, au mieux, un outil important de justice reproductive. Dépassant les notions de base et les démonstrations précipitées de l’usage du condom, une éducation à la santé sexuelle complète peut éclairer le contexte social général des relations sexuelles, de la sexualité et du genre, et fournir aux jeunes les outils dont ils ont besoin pour composer avec les structures de pouvoir, les décideurs et le contexte social de leurs relations sexuelles et amoureuses futures.

Il est important de noter que la majorité des personnes qui travaillent à la santé sexuelle ou qui l’enseignent dans les écoles des Maritimes sont blanches (y compris moi-même). Le racisme et le colonialisme affectent lourdement la santé sexuelle. Les expériences que rencontrent les personnes de couleur et les personnes indigènes à l’école, chez le médecin et dans le système de justice démontrent qu’une stratégie ou un programme de santé sexuelle qui exclut les voix de ces populations est inadéquat.

Le plaidoyer pour une éducation sexuelle complète, qui aborde les facteurs sociaux ainsi que l’accès aux services, permet aux jeunes de commencer à connaître leurs corps dans un contexte social; c’est une mesure cruciale à l’atteinte de la santé sexuelle dans nos communautés.