Vieillir avec gratitude

En 1998, j’ai fondé « Venus Envy », une boutique d’éducation à la sexualité inclusive et affirmative. Ce qui a commencé par un minuscule local dans un coin reclus de Halifax s’est éventuellement transformé en deux boutiques achalandées dans des villes distinctes. Je gagne ma vie en parlant de sexe et de santé sexuelle depuis plus de deux décennies. Après avoir aidé pendant des années des personnes plus âgées à trouver des lubrifiants, des dilatateurs, des vibrateurs, des godemichés, des anneaux de constriction et des harnais (outils qui s’avèrent très utiles en vieillissant), je me suis retrouvée dans le rôle inverse il y a quelques années. Au début, j’étais amusée par mes bouffées de chaleur et par mon corps amolli, que je considérais comme un passage obligé et un mince prix à payer pour avoir le privilège de vieillir (ce que plusieurs d’entre nous n’ont pas la chance de vivre). J’accordais une grande valeur à cette expérience. Mais à un certain moment, les choses ont pris un tournant désagréable. J’ai commencé à ressentir de la douleur dans mes parties intimes; mes règles se soldaient chaque fois par une prolifération de levures; la viscosité de mes sécrétions vaginales avait complètement changé (les rendant complètement inutiles aux relations sexuelles et au confort quotidien); et j’avais cessé de penser au sexe.

Je suis intervenante en éducation à la sexualité – je pense toujours au sexe. Pourtant, je n’avais plus envie de sexe, je ne regardais plus Tinder, j’avais arrêté d’inviter ma conjointe à sortir, je ne portais plus de sous-vêtements coquets – toutes mes pensées sexy s’étaient envolées. J’ai enduré ces changements pendant plus d’un an avant de consulter ma naturopathe. Elle m’a donné des conseils pour stimuler ma production d’hormones; je les ai suivis à la lettre. J’ai vu quelques améliorations : mes organes génitaux se sont « raffermis », j’avais moins d’irritation après mes règles, et moins d’infections à levures. Je dormais même un peu mieux. Mais les pensées sexy n’étaient toujours pas au rendez-vous. Je me sentais dégonflée, vide, flétrie et franchement vieille. Certaines croyances culturelles néfastes et profondément ancrées que j’avais passé ma vie à combattre ont refait surface, tel un mauvais rêve qui hante nos journées. On a tendance à percevoir les personnes âgées, et en particulier les femmes âgées, comme étant asexuelles, peu attrayantes et faisant l’objet de mauvaises blagues. Ce fut une période très déprimante et sombre, pendant laquelle même un câlin de ma partenaire me donnait l’impression de ne pas être la personne qu’elle avait épousée. Je n’ai pas l’appétit sexuel très développé, mais j’ai toujours accordé une grande valeur à la connexion et au jeu dans la sexualité. Je parle de cette expérience (affronter les changements et l’âge) comme si c’était chose du passé, mais ce n’est pas le cas. Tout cela fait partie de mon quotidien et occupe encore une place énorme dans mon esprit et dans ma vie.

 

Pour être honnête, étant donné mes années d’expérience à soutenir d’autres personnes dans ce processus de vieillissement et ses effets sur la santé sexuelle, je croyais que cette transition serait plus facile pour moi. J’ai supposé que mes connaissances et ma foi en l’expression sexuelle tout au long de la vie me permettraient d’affronter plus aisément ces changements. Malheureusement, l’expérience s’est avérée d’autant plus frustrante. Je formais des intervenant-es et des professionnel-les des soins de santé sur les manières de communiquer efficacement avec leurs client-es à propos du vieillissement, mais j’avais l’impression de ne pas comprendre mon propre corps. Cette situation a eu au moins un bon côté : à cause de mes propres défis, j’ai à présent une meilleure idée de ce que les autres vivent, ce qui fait de moi une intervenante plus compréhensive et accomplie.

J’ai récemment réalisé que je suis, comme le dit le proverbe, une cordonnière mal chaussée. Je répète depuis des années à des personnes qui vivent des transitions de santé sexuelle que nous devons défendre notre propre cause, nous renseigner le plus possible, soupeser nos options et nous informer auprès de la plus grande variété d’experts possible. En enseignant cela à un groupe, j’ai réalisé que je ne suivais pas mes propres conseils. Je recevais d’excellents soins et conseils de ma naturopathe pour naviguer les effets de la ménopause et du vieillissement, mais j’avais oublié de prendre en considération ce que mon médecin pouvait faire pour moi.

 

Lors d’un récent rendez-vous médical, j’ai demandé une ordonnance de traitement hormonal de substitution (THS) et une référence à la Clinique de ménopause de l’Hôpital Mount Sinai. Jusqu’ici (après quelques jours seulement), je ne vois aucun changement, à l’exception des sueurs nocturnes qui sont beaucoup plus intenses qu’avec les suppléments de ma naturopathe. Je vais patienter quelques mois et observer ce qui se passe.

J’ai hâte d’observer des changements positifs liés au THS. Je reconnais que les changements hormonaux font partie du vieillissement, mais comme pour tout autre problème de santé, nous devons tenir compte du tableau complet pour comprendre et gérer nos défis. Si nous voulons une expérience de vieillissement positive, nous devons comprendre tous les facteurs qui influencent ses impacts. Notre corps subit des transformations physiques, mais nous ne pouvons sous-estimer les forces sociétales et les puissants messages auxquels nous sommes exposé-es à propos du vieillissement. Nous vivons dans un monde qui utilise le sexe pour vendre à peu près n’importe quoi, mais qui se montre incroyablement négatif à l’égard de la sexualité. Nous serions censé-es nous contenter d’une éducation sexuelle médiocre, réprimer nos êtres authentiques et nos expressions sexuelles (du moins, pour plusieurs d’entre nous) et garder nos préoccupations de santé sexuelle pour nous. Or le silence et la honte, qui sont la norme, ne nous ont jamais bien servi-es – ils ne m’ont certainement pas aidée à faire face à mon propre vieillissement.

Dans cet esprit, vous trouverez sur le site Web d’Action Canada plusieurs conseils à appliquer dans nos vies pour stimuler notre circulation sanguine, encourager les pensées et les perceptions positives à l’égard du vieillissement et porter une plus grande attention à cette partie de nous-mêmes que nous mettons trop souvent de côté ou que nous trouvons anodine ou frivole.

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En 1998, Shelley Taylor a fondé la boutique d’éducation à la sexualité inclusive et affirmative « Venus Envy », qui compte des succursales à Ottawa et à Halifax. En plus de diriger son entreprise, elle en a fait un espace communautaire dynamique où les gens peuvent se rassembler et apprendre. Au fil des années, Shelley a enseigné un éventail de sujets liés à la santé sexuelle et génésique à des individus, des étudiant-es, des professionnel-les de la santé et des fournisseurs de services de première ligne. Intervenante en éducation à la sexualité certifiée par l’organisme Opt, elle possède également une formation en éducation des adultes. Elle est présentement coordonnatrice de l’éducation en matière de santé pour CATIE, la source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C.