Vous fournissez des soins post-agression sexuelle? Voici 10 choses que vous devriez savoir

  1. Les survivantes ne semblent habituellement pas blessées physiquement

La plupart des survivantes d’agression sexuelle n’ont pas de blessures physiques évidentes. Cela ne signifie pas qu’elles ne sont pas blessées physiquement, émotionnellement et spirituellement. On ne peut déterminer si une personne dit la vérité à propos d’une agression sexuelle en se basant sur son apparence.

  1. Les personnes qui ont été étranglées par un partenaire sont les plus à risque d’être assassinées

L’étranglement augmente considérablement le risque que la personne soit tuée par son partenaire lors d’une prochaine agression. Les déclarations d’étranglement devraient être prises très au sérieux et vous devriez discuter franchement avec les femmes de leurs risques actuels et de leurs plans de sécurité.

  1. L’étranglement peut causer de graves préjudices, voire le décès jusqu’à cinq jours plus tard

L’étranglement peut endommager des vaisseaux sanguins du cou et/ou fracturer de petits os à proximité des voies aériennes. Cela peut causer une enflure ou des saignements au cours des jours suivants. Il est très important que toute personne qui signale avoir été étranglée reçoive un examen médical complet (y compris une tomodensitométrie de la tête et du cou) et qu’elle soit avisée de retourner à la salle d’urgence en cas d’aggravation des symptômes.

  1. Une « trousse de viol » ne peut pas révéler si une personne a été agressée sexuellement ou pas

Tout d’abord, ce n’est pas une « trousse de viol », mais bien un examen médicolégal (ou examen à la suite d’une agression sexuelle). Cette évaluation médicale inclut la collecte d’échantillons qui pourraient être utilisés comme preuves, de même que la documentation objective et exacte de toutes les observations. Un examen médicolégal ne peut pas démontrer si une personne a été agressée sexuellement ou pas. Plusieurs patientes qui se présentent pour un examen à un des pires moments de leur vie sont déçues d’apprendre que nous ne pouvons pas leur donner de réponse. Des observations pourraient nous mener à une certaine conclusion, mais cela ne prouve pas l’agression. Ce qui m’amène au point no5…

  1. Ne vous attendez pas à trouver du sperme lors d’un examen médicolégal

La plupart des professionnels médicolégaux ne cherchent pas de sperme. Ils prélèvent tout simplement des échantillons et les remettent directement à la police, qui les acheminera à un laboratoire de police… où ils seront conservés jusqu’à ce qu’on reçoive l’ordre de les analyser. La plupart des prélèvements ne sont jamais analysés, parce que l’accusé plaide coupable, que l’affaire ne se rend pas devant les tribunaux ou que les résultats d’analyse n’importent pas (p. ex., « Je croyais qu’elle avait dit oui »).

  1. L’attente des résultats de l’analyse toxicologique peut être problématique

Il y a plusieurs choses à savoir à propos de l’analyse toxicologique. Premièrement, les résultats peuvent se faire attendre de 2 à 3 semaines. Pendant ce temps, si la survivante n’a pas porté plainte à la police, l’histoire se brouille et des preuves se perdent (lieux ou témoins). Deuxièmement, un résultat toxicologique positif ou négatif ne peut pas confirmer ou infirmer l’agression. Enfin, plusieurs drogues sont métabolisées et éliminées si rapidement qu’elles peuvent devenir indétectables. Tout cela est influencé par des facteurs comme la consommation de nourriture et d’eau, la santé du foie et des reins, des interactions médicamenteuses, le moment de l’ingestion, la quantité ingérée, la méthode d’administration de la drogue, la méthode d’analyse toxicologique, etc.

  1. Les ecchymoses ne peuvent pas être datées

La recherche est claire : il est inutile de vous accrocher à ce détail. Il n’existe pas de moyen objectif de établir qu’une ecchymose est vieille de trois heures ou de trois jours. Lorsque vous documentez une ecchymose à des fins médicolégales, décrivez sa forme, sa couleur, sa taille et son emplacement, mais évitez d’indiquer un délai dans lequel elle pourrait s’être produite.

  1. Un examen médical et médicolégal demeure utile même si la patiente a pris une douche, a changé de vêtements ou a fait autre chose qu’elle n’est « pas censée faire »

Peut-être que des preuves possibles auront été perdues au lavage, mais un examen médical peut aussi apporter une certaine tranquillité d’esprit. Nous pouvons quand même tenter de prévenir des infections transmissibles sexuellement et la grossesse. Il est encore possible de faire des tests; si l’agression remonte à moins de sept jours, des preuves peuvent être encore présentes. L’examen médicolégal ne sert pas seulement à recueillir des preuves – il contribue aussi au bien-être physique et mental de la patiente. Nous pouvons l’aider dans ses prochaines étapes pour guérir et avancer.

  1. Protéger les autres n’est pas le rôle de la survivante

Des amis, des membres de la famille et des professionnels bien intentionnés pourraient encourager le dépôt d’une plainte à la police pour éviter la même chose à quelqu’un d’autre. Mais ceci n’est pas le rôle de la survivante. On met de la pression sur elle et on utilise son sentiment de culpabilité pour l’inciter à faire ce que l’on considère comme juste. Le signalement à la police doit être envisagé à la lumière de plusieurs autres facteurs, que nous ne pouvons pas saisir entièrement. Un signalement peut faire la différence entre vivre en sécurité et être sans abri, être rejetée de sa famille ou perdre un emploi. Prévenir les agressions sexuelles futures n’est pas le rôle de la survivante. C’est notre rôle à tous, de dénoncer la violence contre les femmes et de tenir les gens responsables de leurs actions.

  1. Vous pouvez intégrer des pratiques de médecine légale dans vos soins

N’importe qui peut faire une évaluation médicolégale. Il suffit de mesurer et de décrire les blessures sans tirer de conclusion concernant ce qui s’est produit. Lors de tout examen médical, vous intégrez une approche médicolégale si vous utilisez des techniques d’évaluation défendables et si vous décrivez vos observations de manière objective. Voilà en quoi consistent des soins médicolégaux! Bien sûr, il y a plusieurs autres choses que vous pouvez faire pour intégrer la science médicolégale dans votre pratique. Si vous êtes intéressé-e à en savoir plus ou si vous avez des questions, laissez-nous un commentaire ci-dessous!