Amour et sexualité : une rétrospective personnelle

Qui aurait cru que des personnes ou des organismes voudraient un jour entendre parler de l’évolution de la sexualité en vieillissant?

L’idée évoque des images de nièces et neveux horrifiés, ne pouvant s’empêcher d’imaginer la scène et suppliant leurs aînés d’arrêter d’en parler. Mais à vrai dire, je n’ai pas l’impression d’avoir vieilli – du moins, jusqu’à ce que j’entrevoie ma réflexion dans le miroir de la salle de bain et que je me dise « hmm, peut-être que oui, en fin de compte ».

Je suis un homme gai de 49 ans, approchant le demi-siècle et vivant avec le VIH depuis plus de 31 ans. Quand je pense à ma sexualité au fil des ans, je peux affirmer franchement qu’elle s’est améliorée constamment.

J’ai la chance d’avoir été travailleur manuel la majeure partie de ma vie, ce qui m’a permis d’avoir un physique assez résilient et une grande mémoire musculaire. Ce n’est qu’au début de l’année dernière que j’ai eu le malheur de développer soudainement ce que l’on appelle la maladie de La Peyronie.

La maladie de La Peyronie est très taboue; elle touche beaucoup plus d’hommes qu’on le croit, mais personne n’en parle. Elle affecte le pénis, surtout lors de l’érection. Ses symptômes incluent (individuellement ou combinés) : une déviation soudaine du pénis à divers degrés; une indentation du corps du pénis, comme si on y avait pris une bouchée; une douleur physique et un inconfort variables pendant l’érection. Souvent, l’angle de flexion du pénis et la douleur qui en résulte rendent l’orgasme impossible.

Dans mon cas, la maladie est due à une blessure subie lors d’une pénétration anale. La contraction au mauvais moment des muscles du plancher pelvien de mon partenaire a bloqué la pénétration et a fait plier mon pénis en deux. Il y a eu un bruit distinct de craquement, puis de la douleur.

Alors célibataire, je n’ai pas eu de relations sexuelles jusqu’au mois de janvier suivant : l’érection faisait très mal. La douleur était si dérangeante que je n’ai pas pu avoir d’orgasme. Peu après, j’ai découvert que mon pénis était fléchi à 75 degrés.

Comprenez-moi bien, j’ai eu des pensées suicidaires parce que je n’arrivais pas à accepter mon nouveau handicap.

Je n’ai jamais considéré le sexe comme étant l’aspect le plus important de ma vie ou de mes amours, mais devant cette affection, j’étais dévasté. De plus, j’ai toujours cru en la monogamie et je l’ai toujours pratiquée assidûment. Je me demandais qui, dans le milieu gai, voudrait rester à mes côtés en dépit de ce nouvel obstacle, à l’heure où l’on se réjouit de partenaires multiples et de relations ouvertes comme d’une sorte de révélation évolutionnaire.

Même si je suis atteint de ce trouble depuis plus d’un an, je n’ai jamais vu de médecin – et ce n’est pas par choix.

Alors qu’un traitement précoce est crucial afin de renverser les effets de la maladie, mon temps d’attente initial était de 7 mois. Onze mois plus tard, j’attends toujours. J’ai pris les choses en main : j’ai fait le plus de recherches possible, je me suis joint à un groupe de soutien pour apaiser ma détresse émotionnelle, je prends des vitamines et j’ai retiré de mon régime un médicament pour le cœur à base de statine.

Tout cela semble jouer en ma faveur, car les symptômes se sont progressivement atténués et j’en suis reconnaissant. Les hommes quarantenaires et cinquantenaires devraient être mieux sensibilisés à cette maladie, et les médecins devraient arrêter de la considérer comme taboue.

Quelques années avant de développer la maladie de La Peyronie, j’avais de la difficulté à m’adapter aux mœurs sexuelles de la région d’Ottawa, étant originaire de Montréal. Les différences sont énormes, dans l’approche sexuelle de ces deux cultures, ce qui m’a souvent laissé insatisfait, voire dégoûté.

La ferveur à l’égard de la criminalisation du non-dévoilement de la séropositivité au VIH avant les relations sexuelles n’a pas aidé. Ceci m’a conduit à n’avoir comme partenaires sexuels que des hommes vivant avec le VIH. Même si la quantité de VIH dans mon sang est indétectable depuis plus de 21 ans, j’ai eu la frousse à quelques reprises lorsque des hommes trop saouls m’ont dit n’avoir aucun souvenir que je leur aie dévoilé ma séropositivité, et je n’ai pas du tout apprécié.

Commencez-vous à déceler un fil conducteur? Voici d’autres détails qui pourraient vous aider.

Les fréquentations sérieuses, les relations sexuelles occasionnelles et la drague en général sont des éléments qui ont évolué si rapidement qu’on a l’impression que les individus sont divisés en groupes et en sous-groupes très spécifiques. Il est incroyablement irritant et pénible de devoir apprendre toutes les abréviations. Mon âme a envie de s’exclamer « Plus personne ne veut simplement trouver quelqu’un à aimer? ».

Les jeunes ont la vie plus facile que nous l’avions, avec les protections juridiques et les réseaux sociaux, quoiqu’à d’autres égards, je crois que la nouvelle génération a perdu beaucoup plus : plus personne ne parle d’amour.

Il va sans dire que des auteurs comme Dan Savage sont un affront à mes valeurs. Leurs propos sont largement acceptés comme étant la pure vérité et c’est ce qui, à mon avis, a égaré la communauté gaie…

L’importance des aidant-es naturel-les dans la vie des personnes LGBTQ2S+

Par Laura Shiels
Intervenante auprès d’aidant-es naturel-les de personnes LGBTQ2S+ au Centre for Sexuality, Calgary

En tant qu’intervenante auprès d’aidant-es naturel-les de personnes LGBTQ2S+, au Centre for Sexuality de Calgary, j’accompagne des jeunes dans le processus de « sortie du placard » ainsi que leurs aidant-es, dont la majorité cherchent à savoir comment soutenir leurs enfants en questionnement ou de genre divers.

Les familles que je rencontre viennent de tous les milieux, mais leurs préoccupations et questions se ressemblent. À mes yeux, ceci correspond à un problème culturel plus large : les familles ont un accès limité à l’information sur la diversité sexuelle et de genre. Les aidant-es cherchent du soutien et ont une grande soif d’apprendre, mais sont souvent dépassé-es et ne savent pas par où commencer. Plusieurs déplorent que leurs recherches dans Google les laissent avec plus de questions que de réponses.

La culture populaire et les médias de masse ne présentent souvent qu’une seule facette de la vie des personnes s’identifiant comme LGBTQ2S+. Malheureusement, ce récit sensationnaliste est largement axé sur les difficultés et la souffrance, ce qui ne reflète pas la réalité de plusieurs membres de la communauté. Le fait d’avoir un solide réseau d’aidant-es naturel-les peut aider les personnes LGBTQ2S+ lorsqu’elles rencontrent de la discrimination.

Les professionnel-les jouent parfois un rôle essentiel dans la vie des jeunes vulnérables, mais en pratique il est rare que des fournisseurs et fournisseuses de services relient des jeunes aux personnes qui occupent une place centrale dans leur vie : leurs aidant-es naturel-les. Plusieurs de mes client-es sont des parents biologiques, mais un-e aidant-e naturel-le peut être n’importe quelle personne aidante, dans la vie d’un jeune, qui n’est pas un-e professionnel-le rémunéré-e. Ceci inclut les parents adoptifs ou d’accueil, les pair-es, les ami-es de la famille, les voisin-es et la famille élargie, entre autres.

Il semble logique de se tourner vers les personnes qui prennent soin de nous, mais les fournisseurs et fournisseuses de services ont plutôt l’habitude de diriger les client-es vers d’autres services professionnels et oublient (souvent par inadvertance) de conseiller aux jeunes de se tourner vers leurs aidant-es naturel-les comme ressources possibles.

Ceci est particulièrement important pour les jeunes LGBTQ2S+. Une recherche réalisée par le Family Acceptance Project de l’Université d’État de San Francisco a révélé que l’acceptation familiale a un profond impact sur le bien-être des jeunes. De plus, le rejet familial pourrait accroître le risque qu’une jeune personne développe des problèmes de santé physique ou mentale.

Une des préoccupations les plus fréquentes que j’entends de la part des familles est de savoir s’il s’agit d’une phase dans la vie de leur enfant. J’adopte une approche affirmative du genre, dans mon travail, ce qui signifie que je n’ai pas d’ordre du jour, d’objectif en tête ou de résultat final vers lequel j’essaie de guider les jeunes. Je pose plutôt des questions de réflexion, je fournis une éducation sur la diversité sexuelle et de genre, et je renforce les soutiens propices au bien-être des jeunes. Dans un tel processus, il peut être utile que les aidant-es sachent à quoi s’attendre et suivent la voie de la jeune personne, pour voir comment une réflexion plus poussée peut l’aider à s’auto-identifier.

Notre soutien vise à reconnaître qu’il s’agit aussi d’une démarche pour les aidant-es. Les aidant-es signalent souvent des défis dans l’utilisation systématique des nouveaux noms ou pronoms de leurs enfants, car les anciens peuvent avoir une valeur sentimentale pour la famille. Il est correct de vivre des difficultés et des émotions liées à cela. Il pourrait s’agir d’une occasion pour l’aidant-e de se tourner vers ses propres aidant-es naturel-les afin d’assimiler ces émotions, tout en s’exerçant à utiliser les nouveaux pronoms de son enfant.

Personne ne devrait vivre cela seul-e; les aidant-es naturel-les de la personne aidante sont tout aussi importants que ceux de la jeune personne.

Si vous êtes l’aidant-e d’une jeune personne récemment sortie du placard, faites appel à votre réseau de soutien, écoutez votre enfant, suivez sa voie, et tentez de vous éduquer au sujet de la diversité sexuelle et de genre afin de renforcer les soutiens dans sa vie.

Le Centre for Sexuality est un organisme communautaire qui offre des programmes et services favorisant une sexualité saine tout au long de la vie. Notre travail inclut l’éducation à la santé sexuelle dans les écoles, le counselling auprès de client-es et des programmes destinés à des populations spécifiques. Depuis plus de 46 ans, nous fournissons aux jeunes des programmes pertinents et influents – ce qui nous place dans une position idéale pour comprendre les besoins spécifiques de diverses populations. Un aspect essentiel de notre travail consiste à faire en sorte que les jeunes LGBTQ2S+ puissent prospérer à l’école et dans leurs communautés, tout au long de leur vie. Grâce à l’appui financier de Centraide (Région de Calgary), nous avons pris part à des efforts initiaux concernant les aidant-es naturel-les à Calgary et nous poursuivons notre travail auprès des jeunes LGBTQ2S+, de leurs familles et autres aidant-es.

Nous avons demandé à 7 jeunes personnes ce qu’être en santé signifie pour elles

Être en santé, qu’est-ce que ça signifie pour vous? Pourquoi est-il important d’inclure des jeunes dans les campagnes de santé sexuelle?

TOPAZA YU vit à Saskatoon, SK. Femme de couleur et qui a déjà été confuse au sujet de la santé sexuelle et de ses droits sexuels, elle se passionne aujourd’hui pour la déstigmatisation de la santé sexuelle des jeunes.

Je crois que la santé inclut non seulement l’aspect physique, mais également les émotions, le spirituel, le mental et l’environnement. Être en santé peut aussi signifier être aidé-e par des politiques et des pair-es qui nous encouragent à développer le meilleur de nous-mêmes. C’est aussi un cadre pour nous aider à atteindre le meilleur état de santé possible – par exemple, des politiques de santé publique au niveau macro, ou la promotion de l’importance de l’activité physique dans la communauté. Il est vital que les jeunes soient à l’avant-plan des initiatives de santé sexuelle, car cela continuera de faire connaître la valeur de leur implication et l’importance de leurs voix!

 

MYLES NAHAL est un étudiant universitaire de première année à Calgary qui est fier de s’identifier comme membre de la communauté LGBTQ2S+ et qui tente de la représenter dans toute sa diversité d’orientations sexuelles et d’identités de genre.

Être en santé, pour moi, signifie être confiant et stable dans mon état de santé mentale, émotionnelle et physique. C’est être capable de faire ce que j’aime sans me sentir freiné; c’est obtenir du soutien si j’en ai besoin.

Je crois qu’il est important que les jeunes deviennent des leaders, en santé sexuelle, afin d’abolir les stigmates et les obstacles qui empêchent des personnes de prendre soin d’elles physiquement, émotionnellement et mentalement. Les jeunes sont l’avenir; nous changeons la façon de voir le sexe, la pratique du consentement, la sexualité, le genre et les soins médicaux, et nous créons une ouverture aux discussions sur le sexe et sur les préférences individuelles, qui varient mais sont toutes valides.

 

JESSINY LY vit à Toronto; elle est passionnée par la santé sexuelle des jeunes.

Pour moi, être en santé, c’est être à mon meilleur. Des normes sont utiles à un certain point, mais il est vraiment important que la personne se sente à son meilleur. Beaucoup de normes n’établissent pas ce qu’il y a de mieux.

Je crois qu’il est important que les jeunes prennent des initiatives sur des enjeux de santé sexuelle, car c’est la génération la plus ouverte d’esprit et la plus réceptive. Les générations plus jeunes évoluent dans un milieu plus inclusif et plus informatif – elles ont donc l’occasion de transmettre ces connaissances et cette sensibilisation à d’autres personnes.

 

ALICE GAUNTLEY vit à Toronto sur le territoire des Premières Nations des Hurons-Wendat, des Pétuns, des Sénécas et des Mississaugas de la rivière Crédit. Lectrice avide et aspirante écrivaine, elle affectionne la fiction spéculative, les chats et le thé; elle est étudiante en santé publique à l’Université de Toronto.

« Être en santé » est une expression tellement chargée – une grande partie de l’information que nous recevons à propos de la « vie saine » peut sembler porteuse de jugements; de plus, elle incite les individus à faire des choix qui ne leur sont pas toujours accessibles. Ce n’est pas ce que signifie pour moi être en santé. Je crois que la santé est un concept qu’il revient à chaque personne de définir, mais aussi qui est relié à des systèmes plus larges, qui influencent les choix que nous pouvons réellement faire en matière de santé. (Mais c’est parfois aussi simple que d’aller me coucher!)

Je crois qu’il est important que des personnes de tous âges participent aux initiatives de santé sexuelle, car la sexualité est présente à toutes les étapes de la vie – mais les jeunes ont un rôle vital dans ce travail. Pour plusieurs d’entre nous, la jeunesse est une étape où nous découvrons beaucoup de choses de notre sexualité – nos désirs, nos valeurs, nos identités; il est encourageant de voir le travail de nos pair-es (éducation, plaidoyer, soutien ou autre) et stimulant d’y participer.

 

NAFISA RAHMAN est étudiant-e de premier cycle à l’Université de Toronto. Iel a accumulé de vastes expériences et connaissances en santé sexuelle grâce à son vécu et à son travail chez Planned Parenthood Toronto ainsi qu’au Centre d’éducation sexuelle de l’Université de Toronto. Outre la santé sexuelle et la justice sociale, Nafisa se passionne pour les animes, les chats et les mèmes!

Pour moi, la santé va plus loin que l’absence de maladies et de troubles physiques. Elle englobe tout le corps – y compris l’esprit et l’âme. Les aspects mental, émotionnel et physique ont un poids égal dans la santé globale; et ceci peut prendre une forme différente pour chaque personne. Les jeunes personnes sont à l’avant-garde de plusieurs mouvements – et les initiatives en santé sexuelle ne devraient pas faire exception. Les jeunes sont d’importants acteurs du changement social et je crois que leur présence aux premiers rangs stimule le changement en matière de santé sexuelle.

 

MAYA ADACHI-AMITAY fait un baccalauréat en études environnementales, à Toronto. Elle est impliquée auprès de divers organismes et initiatives, notamment en santé sexuelle, en arts communautaires et en environnement.

Être en santé, c’est se sentir à l’aise et en confiance sur les tous plans – physique, sexuel, mental, émotionnel et spirituel. Il est essentiel que les jeunes soient à l’avant-plan des initiatives de santé sexuelle, car cela permet de présenter la diversité des connaissances et de la sagesse qui découlent d’expériences et de passions personnelles. Cela permet d’inclure des enjeux spécifiques aux jeunes qui seraient autrement négligés dans le dialogue général sur la santé sexuelle.

 

DHRUHI SHAH, 23 ans, essaie encore de comprendre ce qu’est un profil biographique, outre le fait qu’elle est diplômée en travail social, se passionne pour le travail dans le domaine de la violence sexuelle, et vit Calgary.

Être en santé, c’est plus que survivre : c’est s’épanouir. C’est un état propre à chaque personne, qui dépend de divers facteurs et qui influence plusieurs aspects de notre vie. Les jeunes sont touché-es par les politiques sur la santé sexuelle, mais leurs voix sont souvent écartées ou ignorées. Les jeunes devraient être à l’avant-plan des initiatives de santé sexuelle, car rien ne devrait être fait à propos de nous sans nous.

 

Les expert-es de la santé sexuelle ci-dessus font partie du Conseil consultatif national des jeunes d’Action Canada pour la santé et les droits sexuels – un groupe composé de jeunes expert-es exceptionnel-les de la santé sexuelle, âgé-es de 15 à 24 ans, qui s’impliquent dans la promotion de la santé sexuelle et dans des efforts communautaires à travers le pays. Le Conseil guide la prochaine campagne nationale d’Action Canada pour la santé et les droits sexuels visant à accroître le dépistage des ITSS chez les jeunes et financée par l’Agence de la santé publique du Canada.

Vieillir avec gratitude

En 1998, j’ai fondé « Venus Envy », une boutique d’éducation à la sexualité inclusive et affirmative. Ce qui a commencé par un minuscule local dans un coin reclus de Halifax s’est éventuellement transformé en deux boutiques achalandées dans des villes distinctes. Je gagne ma vie en parlant de sexe et de santé sexuelle depuis plus de deux décennies. Après avoir aidé pendant des années des personnes plus âgées à trouver des lubrifiants, des dilatateurs, des vibrateurs, des godemichés, des anneaux de constriction et des harnais (outils qui s’avèrent très utiles en vieillissant), je me suis retrouvée dans le rôle inverse il y a quelques années. Au début, j’étais amusée par mes bouffées de chaleur et par mon corps amolli, que je considérais comme un passage obligé et un mince prix à payer pour avoir le privilège de vieillir (ce que plusieurs d’entre nous n’ont pas la chance de vivre). J’accordais une grande valeur à cette expérience. Mais à un certain moment, les choses ont pris un tournant désagréable. J’ai commencé à ressentir de la douleur dans mes parties intimes; mes règles se soldaient chaque fois par une prolifération de levures; la viscosité de mes sécrétions vaginales avait complètement changé (les rendant complètement inutiles aux relations sexuelles et au confort quotidien); et j’avais cessé de penser au sexe.

Je suis intervenante en éducation à la sexualité – je pense toujours au sexe. Pourtant, je n’avais plus envie de sexe, je ne regardais plus Tinder, j’avais arrêté d’inviter ma conjointe à sortir, je ne portais plus de sous-vêtements coquets – toutes mes pensées sexy s’étaient envolées. J’ai enduré ces changements pendant plus d’un an avant de consulter ma naturopathe. Elle m’a donné des conseils pour stimuler ma production d’hormones; je les ai suivis à la lettre. J’ai vu quelques améliorations : mes organes génitaux se sont « raffermis », j’avais moins d’irritation après mes règles, et moins d’infections à levures. Je dormais même un peu mieux. Mais les pensées sexy n’étaient toujours pas au rendez-vous. Je me sentais dégonflée, vide, flétrie et franchement vieille. Certaines croyances culturelles néfastes et profondément ancrées que j’avais passé ma vie à combattre ont refait surface, tel un mauvais rêve qui hante nos journées. On a tendance à percevoir les personnes âgées, et en particulier les femmes âgées, comme étant asexuelles, peu attrayantes et faisant l’objet de mauvaises blagues. Ce fut une période très déprimante et sombre, pendant laquelle même un câlin de ma partenaire me donnait l’impression de ne pas être la personne qu’elle avait épousée. Je n’ai pas l’appétit sexuel très développé, mais j’ai toujours accordé une grande valeur à la connexion et au jeu dans la sexualité. Je parle de cette expérience (affronter les changements et l’âge) comme si c’était chose du passé, mais ce n’est pas le cas. Tout cela fait partie de mon quotidien et occupe encore une place énorme dans mon esprit et dans ma vie.

 

Pour être honnête, étant donné mes années d’expérience à soutenir d’autres personnes dans ce processus de vieillissement et ses effets sur la santé sexuelle, je croyais que cette transition serait plus facile pour moi. J’ai supposé que mes connaissances et ma foi en l’expression sexuelle tout au long de la vie me permettraient d’affronter plus aisément ces changements. Malheureusement, l’expérience s’est avérée d’autant plus frustrante. Je formais des intervenant-es et des professionnel-les des soins de santé sur les manières de communiquer efficacement avec leurs client-es à propos du vieillissement, mais j’avais l’impression de ne pas comprendre mon propre corps. Cette situation a eu au moins un bon côté : à cause de mes propres défis, j’ai à présent une meilleure idée de ce que les autres vivent, ce qui fait de moi une intervenante plus compréhensive et accomplie.

J’ai récemment réalisé que je suis, comme le dit le proverbe, une cordonnière mal chaussée. Je répète depuis des années à des personnes qui vivent des transitions de santé sexuelle que nous devons défendre notre propre cause, nous renseigner le plus possible, soupeser nos options et nous informer auprès de la plus grande variété d’experts possible. En enseignant cela à un groupe, j’ai réalisé que je ne suivais pas mes propres conseils. Je recevais d’excellents soins et conseils de ma naturopathe pour naviguer les effets de la ménopause et du vieillissement, mais j’avais oublié de prendre en considération ce que mon médecin pouvait faire pour moi.

 

Lors d’un récent rendez-vous médical, j’ai demandé une ordonnance de traitement hormonal de substitution (THS) et une référence à la Clinique de ménopause de l’Hôpital Mount Sinai. Jusqu’ici (après quelques jours seulement), je ne vois aucun changement, à l’exception des sueurs nocturnes qui sont beaucoup plus intenses qu’avec les suppléments de ma naturopathe. Je vais patienter quelques mois et observer ce qui se passe.

J’ai hâte d’observer des changements positifs liés au THS. Je reconnais que les changements hormonaux font partie du vieillissement, mais comme pour tout autre problème de santé, nous devons tenir compte du tableau complet pour comprendre et gérer nos défis. Si nous voulons une expérience de vieillissement positive, nous devons comprendre tous les facteurs qui influencent ses impacts. Notre corps subit des transformations physiques, mais nous ne pouvons sous-estimer les forces sociétales et les puissants messages auxquels nous sommes exposé-es à propos du vieillissement. Nous vivons dans un monde qui utilise le sexe pour vendre à peu près n’importe quoi, mais qui se montre incroyablement négatif à l’égard de la sexualité. Nous serions censé-es nous contenter d’une éducation sexuelle médiocre, réprimer nos êtres authentiques et nos expressions sexuelles (du moins, pour plusieurs d’entre nous) et garder nos préoccupations de santé sexuelle pour nous. Or le silence et la honte, qui sont la norme, ne nous ont jamais bien servi-es – ils ne m’ont certainement pas aidée à faire face à mon propre vieillissement.

Dans cet esprit, vous trouverez sur le site Web d’Action Canada plusieurs conseils à appliquer dans nos vies pour stimuler notre circulation sanguine, encourager les pensées et les perceptions positives à l’égard du vieillissement et porter une plus grande attention à cette partie de nous-mêmes que nous mettons trop souvent de côté ou que nous trouvons anodine ou frivole.

Cliquez ici pour en savoir plus sur le vieillissement et la sexualité >>

En 1998, Shelley Taylor a fondé la boutique d’éducation à la sexualité inclusive et affirmative « Venus Envy », qui compte des succursales à Ottawa et à Halifax. En plus de diriger son entreprise, elle en a fait un espace communautaire dynamique où les gens peuvent se rassembler et apprendre. Au fil des années, Shelley a enseigné un éventail de sujets liés à la santé sexuelle et génésique à des individus, des étudiant-es, des professionnel-les de la santé et des fournisseurs de services de première ligne. Intervenante en éducation à la sexualité certifiée par l’organisme Opt, elle possède également une formation en éducation des adultes. Elle est présentement coordonnatrice de l’éducation en matière de santé pour CATIE, la source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C.

La maltraitance et l’abus sont des enjeux de justice reproductive

Je m’appelle Kate Macdonald. Je suis militante pour les droits des patient-es, doula d’accompagnement aux plaintes à Toronto, Ontario, et fondatrice du projet Reproductive Justice Story, une initiative de défense des intérêts des patient-es. Dans l’esprit du thème de cette année, « La santé sexuelle à tout âge », je veux parler de l’épidémie de traitements irrespectueux et abusifs qui sévit dans les soins de santé sexuelle et génésique au Canada. Cette vaste problématique est rarement abordée sur la scène publique, surtout comme ensemble d’enjeux interconnectés. Je crois que nous devons examiner ces questions comme un ensemble d’enjeux de droits humains – et par conséquent, de justice reproductive – afin d’élaborer et de mettre en œuvre des solutions concrètes pour l’avenir.

Une simple recherche dans Google nous permet de relever des preuves de maltraitance et d’abus de la part de tous les types de fournisseurs et fournisseuses et de milieux de soins, au Canada. Ce n’est un secret pour personne : des femmes autochtones du Canada subissent encore des interventions d’avortement et de stérilisation forcées;[1] des symptômes écartés et ignorés par des fournisseurs et fournisseuses de soins entraînent de sérieuses complications et des décès évitables;[2] des personnes enceintes incarcérées sont laissées sans soins adéquats ni soutien en phase de travail;[3] des résident-es de communautés rurales et éloignées sont obligé-es de quitter leur maison et leur famille pour accoucher[4] ou pour obtenir des soins d’avortement;[5] et la violence obstétricale[6] est répandue dans tous les milieux de soins et groupes démographiques.

Ces enjeux, et d’autres, n’existent pas en vase clos. Ils font partie d’un ensemble plus large de problèmes sociétaux : la normalisation de la violence contre les femmes et les personnes trans, bispirituelles et de genre non conforme, exacerbée par des déterminants sociaux de la santé et par les failles fondamentales de notre système médical patriarcal et colonial, qui n’est souvent pas centré sur la personne ou fondé sur les droits et qui ne priorise pas toujours l’auto-détermination, la prise de décisions éclairées, ni même le consentement!

Avoir le choix, dans notre vie génésique, est une chose; avoir accès aux soins que l’on choisit est tout autre chose. Nos droits sont beaucoup trop souvent en marge de l’équation. Le choix et l’accès ne suffisent pas, si en raison des soins offerts plusieurs d’entre nous ne sont pas soutenus ou subissent des traumatismes ou des préjudices physiques. Tant et aussi longtemps que ceci se produira et que certain-es d’entre nous toléreront ces expériences de soins de santé sexuelle et génésique, la justice nous échappera.

C’est l’idée derrière le Reproductive Justice Story Project. Cette initiative pour les intérêts des patient-es vise à exposer la maltraitance et les abus dans les soins de santé génésique à travers le Canada. Dans notre plateforme de partage de témoignages en ligne, le Community Story Blog, des gens publient leurs expériences d’injustice : interventions médicales non consensuelles, violence verbale, humiliation et intimidation de la part de fournisseurs ou fournisseuses de soins, racisme et discrimination, ou peur de demander un soutien en santé mentale périnatale vu le risque d’intervention de l’aide à l’enfance. Certaines personnes ont même raconté des expériences d’interventions génésiques douloureuses subies sans anesthésie. Ce blogue sert d’ensemble public de preuves des types de traitements préoccupants que reçoivent certain-es patient-es.

Peu importe comment la maltraitance se produit, à quel endroit, ou si l’expérience a été perturbante sur le plan médical, légal ou émotionnel, des thèmes communs s’en dégagent – notamment l’absence de dignité, d’autonomie, de communication et de consentement, dans l’expérience, de même que des fournisseurs et fournisseuses de soins de santé, des systèmes et des politiques qui portent atteinte à nos connaissances intégrées et à notre pouvoir de décision concernant nos corps et nos vies.

Le Community Story Blog a commencé en tant que simple espace où les personnes de l’Ontario pouvaient témoigner dans leurs propres mots, de manière anonyme ou autre. Aujourd’hui, nous avons le plaisir de publier des articles de patient-es et de professionnel-les des quatre coins du Canada! Envisagez de partager vos expériences sur notre blogue.

Parler à haute voix de ces enjeux sur la scène publique nous permet de tenir responsables les systèmes néfastes et d’exiger des changements dans la culture des soins de santé génésique. Nos voix peuvent être puissantes si nous les unissons!

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Le Reproductive Justice Story Project est une initiative de défense des intérêts des patient-es qui vise à exposer la maltraitance et les abus dans les soins de santé génésique à travers le Canada. Le projet s’appuie sur une plateforme en ligne pour le partage d’expériences et sur des ressources pour aider les individus à se faire entendre.

www.reproductivejusticestories.org
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Kate Macdonald a transformé son expérience personnelle de violence obstétricale et de trouble de stress post-traumatique post-partum en une passion pour la défense des droits des patient-es. Elle est à présent mère, militante et doula d’accompagnement aux plaintes à Toronto, Ontario.
www.complaintdoula.com
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[1] « Examine ‘monstrous’ allegations of forced sterilization of Indigenous women: NDP », par Kristy Kirkup https://www.cbc.ca/news/politics/sterilization-indigenous-allegations-forced-1.4911837

[2] « Days after giving birth to a baby boy, mom dies of strep A in hospital », par Shanifa Nasser https://www.cbc.ca/news/canada/toronto/ayesha-riaz-new-mother-dies-strep-childbirth-1.4567078

[3] « Pregnancy, birth, and mothering behind bars: A case study of one woman’s journey through the Ontario criminal justice and jail systems », par Sarah Fiander https://scholars.wlu.ca/cgi/viewcontent.cgi?article=2980&context=etd

[4] « Ottawa changes policy to ensure women giving birth away from reserves aren’t alone », par Kristy Kirkup https://www.theglobeandmail.com/news/politics/ottawa-changes-policy-to-ensure-women-giving-birth-away-from-reserves-arent-alone/article34644248/

[5] « Getting an Abortion in Rural Canada Isn’t Easy », par Tamara Khandaker https://www.vice.com/en_ca/article/kwpeyw/getting-an-abortion-in-rural-canada-isnt-easy

[6] « ‘Stop! Stop!’: Canadian women share stories of alleged mistreatment in the delivery room », par Annie Burns-Pieper https://www.cbc.ca/news/health/child-birth-mistreatment-complaints-1.3834997

Le leadership des jeunes dans la transformation de l’éducation sexuelle

En Colombie-Britannique, trop de jeunes ne reçoivent pas l’éducation sexuelle nécessaire pour prendre des décisions éclairées. Voilà le principal constat des travaux réalisés l’année dernière par l’organisme YouthCO.

L’hiver dernier, nous avons sondé plus de 600 jeunes d’écoles secondaires dans le cadre de notre examen provincial portant sur le programme d’éducation sexuelle et dirigé par des jeunes. Deux membres du personnel de YouthCO ont visité des écoles de toute la province, où ils ont fait équipe avec des associations pour la diversité sexuelle et de genre pour l’animation de discussions. Pour joindre les jeunes des écoles et des communautés que nous n’avions pas visitées, nous avons également lancé un sondage en ligne qui élargissait les questions des discussions de groupe.

Les valeurs de YouthCO nous ont guidés tout au long de ce projet. Nous considérons que l’éducation sexuelle doit être centrée sur les perspectives des jeunes, car ils et elles sont les principaux concernés.

Les jeunes avec lesquels nous avons parlé ont souligné la nécessité d’une éducation sexuelle qui affirme les corps et les identités de tous les individus (y compris les jeunes LGBTQ+/2S), qui reconnaît la diversité des formes du plaisir sexuel, et qui les dirige vers les soins dont ils ont besoin pour les ITS, le VIH et l’agression sexuelle. Telle est la vision de l’éducation sexuelle chez les jeunes. Cependant, la plupart ont dit recevoir une éducation qui est limitée aux relations sexuelles pénis-vagin – malgré le fait que les ITS se transmettent également par le sexe oral et que la plupart des cas de VIH diagnostiqués chez des jeunes de la C.-B. sont attribuables au sexe anal.

 

Des jeunes ont également signalé que certaines personnes enseignantes ne sont pas familières et à l’aise avec les différentes façons dont les jeunes expriment leur genre et leur sexualité. Ceci contribue à perpétuer le présupposé selon lequel nous sommes tous cis et hétéro. Ce présupposé se manifeste entre autres par des classes d’éducation sexuelle séparées selon le genre perçu – ce qui a pour effet de rendre invisibles ceux et celles d’entre nous qui n’adhèrent pas à cette binarité.

 

En tant que jeunes, nous avons besoin d’une éducation sexuelle affirmative de notre genre et des nombreuses façons dont nous choisissons de l’exprimer!

Prochaines étapes pour YouthCO

À l’issue de ce projet, nous avons lancé la campagne Sex Ed is Our Right en partenariat avec le Community-Based Research Centre. Cet appel à l’action pour une meilleure éducation sexuelle en C.-B. est centré sur les voix des jeunes. Nous collaborons également avec le ministère de la Santé et le ministère de l’Éducation à mieux soutenir et outiller les écoles et le personnel enseignant pour la prestation d’une éducation sexuelle exacte, pertinente, inclusive et intéressante, à travers la province.

Ce projet nous a démontré que les jeunes sont emballés et motivés à l’idée de façonner leur programme d’éducation sexuelle. Comme l’a affirmé une jeune personne de Vancouver : « Les choses évoluent constamment et les jeunes devraient être consultés à chaque étape. »

Nuance : mettre l’accent sur la perspective des jeunes (im)migrant-es en santé sexuelle

Venir d’ailleurs et grandir au Canada évoque des questions liées au « chez-soi », au souvenir diasporique et à la nostalgie d’un lieu géographique avec lequel la connexion a été perdue.

Quand j’ai demandé à mes ami-es à quel moment ils et elles avaient vu des ressources de santé sexuelle pour la première fois, la plupart ne s’en souvenaient pas – hormis des bribes de cours d’éducation sexuelle du secondaire qui portaient principalement sur la prévention des ITS et de la grossesse (ce qui dénote souvent des tactiques fondées sur la peur). Une amie m’a même confié avoir du mal à discuter de sa santé sexuelle avec son médecin de famille, car il vient de la même communauté ethnoculturelle, ce qui limite grandement le lien de confiance qu’elle peut développer avec ses professionnel-les de la santé.

Cette expérience est très répandue chez les jeunes de couleur du Grand Toronto qui sont établis dans leurs communautés ethniques ou très proches de celles-ci.

Parallèlement aux identités culturelles, historiques et sociales qui sont négociées pendant la migration ou après celle-ci, la santé sexuelle est souvent négligée, dans cette expérience, alors qu’elle représente une importante partie de la vie. En tant que jeunes de première et deuxième générations, nous risquons d’avoir des relations complexes avec nos établissements d’enseignement, nos familles et nos communautés, qui ne favorisent pas très souvent des conversations significatives sur le bien-être sexuel et la santé génésique.

Même si nous voulons être solidaires de notre communauté en devenant client-es/patient-es d’un-e de nos professionnel-les, ceci nous place dans une situation compromettante : nous savons à quel point les informations personnelles peuvent circuler et être utilisées contre des membres de la communauté, ou servir à renforcer la surveillance, la stigmatisation et l’ostracisme. Bref, l’accès aux services de santé sexuelle et le dialogue sur le sujet sont complexes, pour les jeunes de première et deuxième générations, en raison des nombreux obstacles rencontrés à la maison comme à l’extérieur.

La « discussion sur le sexe » – popularisée par la culture occidentale – est censée être une conversation dirigée par une figure parentale responsable de fournir à un-e préadolescent-e des informations essentielles sur le sexe et la puberté. Or ceci n’est pas une réalité pour la majorité des jeunes (im)migrant-es, car le sexe, l’intimité et le plaisir ne sont souvent pas abordés à la maison – encore moins lorsqu’il s’agit des jeunes et de leurs possibles explorations sexuelles. Pour nous, ceci signifie que la « discussion sur le sexe » a inévitablement lieu hors du foyer. Malheureusement, comme l’indique la campagne #SexEdSavesLives, les programmes scolaires ont toujours limité l’éducation sur la santé sexuelle et génésique.

En août 2017, la communauté Nuance a été créée afin de combler l’écart entre les perspectives des jeunes (im)migrant-es et les conversations sur la santé sexuelle, par le biais d’essais, d’œuvres artistiques, de poésie et de prose publiés en ligne et exposés dans des espaces communautaires. Cette plateforme numérique dirigée par et pour nous exploite l’outil du récit afin de désapprendre, de remettre en question et d’apporter des nuances, en ce qui concerne la santé sexuelle.

Il est crucial que des plateformes numériques comme Nuance entretiennent des espaces en ligne et hors ligne pour faciliter cette conversation qui n’aurait pas lieu autrement.

Quels sont les sujets abordés par Nuance?

Les auteur-es de Nuance sont engagés à déboulonner les mythes et les fausses informations que véhiculent les familles et les normes sociétales/culturelles concernant le sexe, la sexualité et la santé sexuelle (voir les articles « Dad, What’s a Condom? » et « ‘V’ For Virginity »). Par ailleurs, plusieurs articles décortiquent la politique de la désirabilité dans le contexte canadien, où les personnes brunes, noires, est-asiatiques, gaies, queer, femmes et d’autres identités sont souvent exotisées, stigmatisées et fétichisées en raison d’idéaux hétéronormatifs blancs et cis (voir « Is it Me or My Ethnicity? », « « Kawaii » », « Melanin Miseries » et « On Love and Melanin »).

Que ce soit en analysant la représentation du consentement dans les médias populaires (« Beyond #Me Too ») ou en critiquant le fait que le mouvement #MoiAussi ignore différents types de résistance à la violence sexuelle (« Surviving #MeToo », « 3 Fears »), nos auteur-es expriment leurs voix et leurs expériences par une évaluation critique de la réconciliation des préjudices sexuels sur la scène publique et de ses implications pour les personnes survivantes ayant des identités et des origines entrecoupées.

À un moment comme les attaques du tueur en série Bruce McArthur dans le village gai de Toronto (« The Arrest of Bruce McArthur »), notre équipe d’auteur-es a amorcé des conversations sur l’amour radical, sur la navigation des frontières dans la famille choisie en communauté queer et sur la délicatesse de termes comme « abus », « abandon » et « rejet », qui peuvent être confondus (« Love in the Time of Queer Death »).

Il me serait impossible d’énumérer tous les thèmes que nous avons déjà abordés et que nous prévoyons explorer, mais en tant que membre de la communauté, je suis toujours excitée d’inviter les gens à lire Nuance et à soumettre des œuvres écrites/visuelles (qui sont rémunérées)!

Grâce à Nuance, nous pouvons refléter autant de voix, d’expériences et de perspectives que nos communautés le requièrent et le désirent.

Être papa : défier les stéréotypes et la parentalité positive face à la sexualité

Le jour où je suis devenu père, j’ai réalisé que je ne savais pas vraiment ce que ce rôle signifiait. Avant de prendre ce minuscule être humain dans mes bras pour la première fois, et de ressentir la responsabilité de l’élever en lui transmettant des valeurs morales et de l’information pour l’aider à s’épanouir, je n’aurais jamais pu saisir toutes les émotions liées au rôle de « papa ».

C’est bien plus que de changer des couches, de rester éveillé jusqu’à trois heures du matin parce que notre enfant a mal au ventre, ou de devenir entraîneur de l’équipe de soccer et d’assigner des tâches de collations à d’autres parents. Mais ces aspects de la paternité sont ceux que j’avais le plus souvent observés pendant mon enfance. J’ai donc appliqué les messages reçus de mon milieu sur ce que signifie être papa (dans mon cas, de deux filles).

Les pères sont souvent représentés comme étant amicaux avec leurs garçons et protecteurs de leurs filles. Ceci est véhiculé par des images de pères ayant à l’œil les accompagnateurs de leurs filles au bal, ou portant des t-shirts des « Règles à respecter si tu sors avec ma fille ». Les pères sont également perçus comme étant peu impliqués dans les tâches domestiques, les soins des enfants – bref, tout ce qui peut détourner leur attention d’une partie de football ou de hockey.

Outre ces images, le fait de dépasser ces stéréotypes en tant que père nous attire des éloges au-delà de ce à quoi l’on s’attendrait. Les pères ne doivent pas s’attacher à une telle mentalité – aux stéréotypes proprement dits, mais également à l’idée préconçue selon laquelle un papa est un superhéros parce qu’il fait des tresses à sa fille ou est capable de parler de menstruations.

S’ils ne sont pas remis en question, les points de vue traditionnels sur la masculinité et leurs liens avec la paternité peuvent conduire au refoulement d’émotions difficiles. Par conséquent, c’est mon approche comme parent qui bénéficie le plus de ma remise en question de ma notion d’être un homme.

J’ai dû porter attention à divers comportements acquis, en tentant d’inculquer une conscience sociale à mes enfants. Reconnaître que j’ai beaucoup à apprendre et à désapprendre, comme père et comme partenaire, est crucial pour élargir mes perspectives parentales; j’essaie d’intégrer cette pratique dans mes interactions avec mes enfants.

C’est là qu’une approche parentale positive à la sexualité entre en jeu, pour ma partenaire et moi.

Nous sommes les premiers répondants aux questions de nos enfants. Elles se tournent vers nous jour après jour pour des explications sur les changements qu’elles observent dans leur corps et leur esprit. Nous les aidons à façonner leur identité par les réponses que nous leur donnons, voire par notre façon de leur répondre. Si nous avions l’esprit fermé quant à ce à quoi nos filles sont exposées, il est fort probable qu’elles liraient des livres où les personnages seraient principalement des enfants blancs et regarderaient des films mettant surtout en vedette des couples hétérosexuels; leurs manuels scolaires ne décriraient pas toutes les facettes de l’histoire de notre pays; et on ne parlerait nulle part de santé mentale.

Par conséquent, nous tentons d’intégrer activement ces réalités dans notre approche parentale et dans notre foyer.

La santé sexuelle pour la vie

La santé sexuelle fait partie intégrante de la santé et du bien-être tout au long de la vie. Afin de jouir de la meilleure santé possible, une bonne santé sexuelle et une attitude positive face à sa propre sexualité sont essentielles. Il faut notamment s’assurer de ce qui suit.

  1. Les enfants et les parents doivent pouvoir avoir accès à des renseignements exacts et complets qui prennent en considération leurs réalités et leurs besoins divers, qui sont adaptés à leur âge et à leur culture et qui sont fournis d’une manière respectueuse qui tient entièrement compte de la diversité des genres.
  2. Toutes les personnes actives sexuellement doivent savoir comment se protéger contre les infections transmissibles sexuellement (ITS) et comment prévenir les grossesses non désirées.
  3. À mesure qu’ils vieillissent, les adultes doivent continuer d’avoir des conversations avec des professionnels de la santé au sujet de la santé sexuelle, notamment sur les risques d’ITS et leur prévention.
  4. Les personnes de tous âges doivent pouvoir obtenir des soins dans des milieux où elles se sentent en sécurité et en confiance et où elles peuvent parler ouvertement et confortablement à des professionnels de la santé sans se sentir jugées.

Nous devons absolument agir pour promouvoir la santé sexuelle à toutes les étapes de la vie, surtout prendre des mesures pour éliminer les préjugés et la discrimination et pour briser les obstacles à l’accès à des tests, des traitements et des soins efficaces. Un effort concerté est requis étant donné que nous continuons d’observer une augmentation des taux d’ITS chez les jeunes, les jeunes adultes et les personnes âgées du Canada.

Alors que nous entamons la Semaine de sensibilisation à la santé sexuelle et génésique (du 11 au 15 février 2019), je vous invite à penser à l’importance de considérer la santé sexuelle non seulement sous l’angle de la prévention des résultats négatifs, mais aussi sous celui de l’acquisition des compétences, des connaissances et des comportements nécessaires pour maintenir une bonne santé sexuelle et génésique tout au long de la vie.

Éducation sexuelle, cœurs brisés et santé mentale

La santé sexuelle, c’est plus que quelques parties du corps. Les jeunes avec lesquels je travaille comprennent cela instinctivement.

À titre d’animatrice en matière de sexualité et de santé génésique au Sexuality Education Resource Centre Manitoba, je travaille à divers projets dont un s’adressant aux jeunes nouveaux arrivants à Winnipeg. Intitulé « Our Families Can Talk About Anything » [« Nos familles peuvent parler de n’importe quoi »], ce projet rassemble des parents et des jeunes de familles nouvellement arrivées pour discuter de sexualité et de santé sexuelle et pour créer des ponts de communication sur ces sujets.

Lors de ces ateliers pour jeunes nouveaux arrivants, nous consacrons autant de temps aux discussions sur les cœurs brisés, les relations avec les parents et le consentement qu’à celles sur les vagins, les condoms et les ITS. La sexualité est un aspect complexe et dynamique de la nature humaine; toutes ses dimensions physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles se recoupent.

Je suis certaine que j’ai le meilleur travail de la province. J’ai la chance d’animer des ateliers et des discussions sur la santé sexuelle auprès de nouveaux arrivants qui jonglent avec les défis d’être jeunes à Winnipeg en 2018, d’apprendre à se connaître tout en devenant adultes et d’être les enfants de parents qui ne les comprennent peut-être pas. Ajoutons à cela les pressions et le stress de la puberté, des médias sociaux et des coups de foudre dans les corridors de l’école. C’est beaucoup à naviguer.

Dans ce portrait général, il est évident que la santé mentale joue un rôle crucial. Notre cœur, notre esprit et notre corps sont tous connectés.

Lors de nos séances, les jeunes parlent de relations avec les parents et de quête d’indépendance. Nous explorons les identités LGBT2SQ*, le respect de la diversité et les intersections avec les croyances religieuses. Nous échangeons sur le consentement, le harcèlement de rue et les relations violentes. Nous abordons l’image corporelle, l’image de soi et l’estime. Nous décortiquons les subtilités des prises de décisions, de la confiance en soi et des situations où il faut faire confiance aux autres. Nous discutons de ce que signifie le respect, celui de notre corps et celui du corps des autres. Nous parlons du racisme, de l’adaptation culturelle, de l’intimidation et de la communauté; des choix contraceptifs, des ITS et de la science du corps.

Nous parlons également des cœurs brisés. S’il y a une chose que j’aimerais vous communiquer pleinement, ce sont ces formidables conversations à propos des cœurs brisés. Les jeunes comprennent que la santé mentale est rattachée à la santé physique. Le cœur et les sentiments affectent directement les pensées et les actions. Les jeunes parlent avec éloquence du deuil d’une relation et des stratégies qu’ils se créent pour sortir du lit les matins où ils sont si tristes qu’ils peinent à respirer. Ils connaissent la douleur des ruptures et sentent le nuage qui plane au-dessus de leur tête pendant des mois, voire des années. Ils savent que le cœur et l’esprit sont connectés; ils travaillent fort à trouver des moyens de s’adapter.

Nous ne pouvons nous permettre d’ignorer les dimensions mentales, émotionnelles et spirituelles de la santé sexuelle. Parler de notre corps séparément de nos relations, de nos pensées et de nos sentiments, ce serait passer à côté d’une grande partie de l’histoire.

La femme de 16 ans qui demande des condoms parce qu’elle se sent poussée à avoir des relations sexuelles avec son copain (un copain dont elle ne peut parler à ses parents, car ceux-ci refusent qu’elle ait des fréquentations avant l’âge de 18 ans) subit d’énormes pressions de part et d’autre dans sa vie. Nous l’informons qu’elle peut se procurer des contraceptifs, et nous accompagnons ceux-ci d’information sur ses droits sexuels, sa valeur inhérente, sa capacité d’utiliser son corps de la manière qu’elle juge optimale, et sur ce à quoi ressemble une relation saine. La distribution de contraceptifs est importante, mais ce n’est pas la seule partie de la santé sexuelle à laquelle il faut porter attention; tous les aspects sont interreliés.

La santé sexuelle, c’est plus que quelques parties du corps. C’est l’interaction des aspects mental, physique, émotionnel et spirituel dans le contexte de notre sexualité et de notre compréhension de soi. C’est la santé mentale, les droits génésiques, l’accès à la contraception, le consentement, le corps, les relations saines, l’image corporelle, l’abolition du patriarcat, la justice sociale et tous les facteurs qui affectent notre corps et nos relations.

On ne peut séparer l’aspect physique du mental ou du spirituel; ça n’aurait pas de sens. Une éducation efficace en matière de santé sexuelle englobe tous les aspects de la sexualité, et c’est notre devoir d’offrir aux jeunes les compétences dont ils ont besoin pour composer efficacement avec tout ce qui se passe Entre le corps et l’esprit.