J’ai toujours été de nature un peu inquiète, mais depuis que je suis enceinte (j’en suis à mon premier trimestre), je me sens anxieuse et déprimée. Il m’est arrivé quelque chose la semaine dernière, et je ne sais pas si je dois m’en inquiéter ou non, mais je n’arrête pas d’y penser et j’en ai mal au cœur. J’ai eu un feu sauvage; un matin, après l’avoir touché, je suis allée à la toilette et j’ai touché le papier hygiénique que j’ai ensuite utilisé. Pensez-vous que je pourrais m’être donné l’herpès génital?

Réponse coécrite par Ankit Dhawan et Ashley Bell

Il est tout à fait raisonnable d’être inquiète et anxieuse par rapport à votre santé, car tout ce qui diffère d’une « grossesse normale » peut susciter des craintes. Le fait que vous vous préoccupiez déjà du bien-être de votre bébé indique que vous serez une excellente mère.

La grossesse déclenche plusieurs changements intenses qui affectent l’humeur. De nombreuses femmes remarquent qu’elles deviennent plus sensibles, dépassées, stressées et anxieuses lorsqu’elles sont enceintes.[i] Il est normal pour plusieurs femmes de vivre une dépression en cours de grossesse – c’est ce que l’on appelle la dépression prénatale (ou anténatale). Ensemble, la dépression anténatale et l’anxiété peuvent être des signes avant-coureurs de dépression postpartum; toutefois, comme dans votre cas, elles ne sont pas des prédicteurs si elles se manifestent au cours du premier trimestre.[ii],[iii] Pour mettre les choses en contexte : selon une étude de 2009, la prévalence de la dépression anténatale parmi les femmes canadiennes atteindrait jusqu’à 29,5 %.[iv] Alors, ne vous inquiétez pas trop et soyez assurée que vos émotions et préoccupations sont tout à fait valides.

Pour comprendre pourquoi il est peu probable que vous vous soyez donné l’herpès génital, il vous faut connaître les diverses souches du virus et leurs modes de transmission. L’herpès est un nom générique qui désigne un groupe de virus. Les virus qui sont pertinents à votre question sont ceux du groupe des « virus d’herpès alpha », incluant le virus herpès simplex (VHS) de type 1 (VHS-1) et de type 2 (VHS-2) et le virus varicelle-zona (VVZ).[v] Le VHS-1, communément appelé « herpès buccal », affecte principalement la région de la bouche; le VHS-2, ou « herpès génital », affecte principalement les organes génitaux. L’herpès génital peut aussi être causé par le VHS-1, mais son taux de récidive diminue au fil du temps, comparativement à celui de l’herpès génital causé par le VHS-2.[vi] Ces deux formes d’herpès peuvent rester dormantes dans le corps et causer des épisodes récurrents en réactivant le virus et en le transportant jusqu’aux muqueuses ou à la surface de la peau en passant par les nerfs périphériques.[vii] Par conséquent, les personnes atteintes du virus n’ont pas souvent les symptômes typiques et reconnus de l’herpès, comme des lésions, des cloques et une excrétion virale symptomatique dans les régions affectées.[viii] L’herpès ne se guérit pas, mais il existe des médicaments qui peuvent raccourcir la durée des poussées et les rendre moins douloureuses, y compris des traitements suppressifs pour les femmes enceintes.[ix],[x] Les feux sauvages disparaissent habituellement en 7 à 10 jours sans traitement.[xi] Toutefois, si vous avez d’autres préoccupations, il pourrait être utile de discuter des options de prise en charge de l’herpès avec votre médecin.

Et maintenant, la grande question – comment l’herpès se transmet-il? Comme vous, bien des gens craignent de contracter l’herpès par le papier hygiénique et les sièges de toilette.[xii] Toutefois, des recherches indiquent que le VHS ne survit que très peu de temps en dehors de son hôte.[xiii] Par conséquent, il est très peu probable que vous vous soyez donné l’herpès génital puisqu’il est pratiquement impossible de le contracter par des objets inanimés et des fluides non corporels. Pour contracter le VHS, un individu non infecté doit entrer en contact intime direct avec une personne qui produit ou excrète le virus[xiv] – par exemple, par un contact de peau à peau lors d’une relation sexuelle pénis-vagin entre un homme et une femme hétérosexuels, ou par l’échange de salive lors d’une relation orale ou d’un baiser. Vu l’augmentation de la pratique du sexe oral au cours des dernières décennies, certaines études signalent une hausse du nombre de diagnostics d’herpès génital causé par le VHS-1.[xv]

Certaines personnes développent des feux sauvages ou des boutons de fièvre, qui sont causés par des infections récurrentes à VHS-1.[xvi] Ces feux sauvages sont très répandus de nos jours; la plupart des gens ne se souviennent pas comment ils ont contracté le virus. De la même façon, certains d’entre nous ont eu la varicelle (causée par le VVZ) au cours de leur vie, mais on n’y attache pas le « stigmate de l’herpès ». Le grand public fait souvent des suppositions malavisées qui peuvent gêner les personnes diagnostiquées et accroître leur anxiété.[xvii] Il est important que l’on réduise la stigmatisation liée à l’herpès.

Dans une étude, des participants ont décrit l’herpès comme n’étant rien de plus qu’un inconvénient passager, au même titre que la grippe.[xviii] Un autre ensemble d’études a cherché le terme clé « infections transmissibles sexuellement (ITS) » dans le moteur de recherche de Google : les résultats ont révélé que seulement 9 des 29 sites Internet principaux offraient des renseignements exacts sur les ITS transmises par le baiser, y compris l’herpès.[xix] Pour savoir comment trouver des informations exactes en ligne, cliquez ici. En cas de doute, il est préférable de consulter votre professionnel de la santé, qui pourra dissiper toute autre anxiété quant à la présence du virus.

De façon générale, il est correct d’être inquiète lors d’une telle situation stressante. Utilisez les systèmes de soutien qui vous conviennent, que ce soit en vous confiant à un membre de votre famille, en participant à un groupe de soutien ou en consultant un professionnel de la santé. De nos jours, les médias jouent un grand rôle dans ce que nous apprenons et comment nous voyons les choses. Il est important de poser des questions en cas de doute.


[i] Öhman, S. G., Grunewald, C., & Waldenström, U. (2003). Women’s worries during pregnancy: Testing the cambridge worry scale on 200 swedish women. Scandinavian Journal of Caring Sciences, 17(2), 148-152.

[ii] Misri, S., Kendrick, K., Oberlander, T., Norris, S., Tomfohr, L., Zhang, H., & Grunau, R. (2010). Antenatal depression and anxiety affect postpartum parenting stress: A longitudinal, prospective study. Canadian Journal of Psychiatry. Revue Canadienne De Psychiatrie, 55(4), 222-8.

[iii] Norhayati, M., Hazlina, N., Asrenee, A., & Emilin, W. (2015). Magnitude and risk factors for postpartum symptoms: A literature review. Journal of Affective Disorders, 175, 34-52.

[iv] Bowen, A., Stewart, N., Baetz, M., & Muhajarine, A. (2009). Antenatal depression in socially high-risk women in Canada. Journal Of Epidemiology And Community Health, 63(5), 414-416.

[v] Mahendiran, Shavitri, Burkhart, Craig G., & Burkhart, Craig N. (2010). Herpes: Issues under the cold sore. Open Dermatology Journal, 4(1), 101-104.

[vi] Engelberg, R., Carrell, D., Krantz, E., Corey, L., & Wald, A. (2003). Natural history of genital herpes simplex virus type 1 infection. Sexually Transmitted Diseases, 30(2), 174-7

[vii] Gupta, R., Warren, T., & Wald, A. (2007). Genital herpes. The Lancet,370(9605), 2127-37.

[viii] Delaney, S., Gardella, C., Saracino, M., Magaret, A., & Wald, A. (2014). Seroprevalence of herpes simplex virus type 1 and 2 among pregnant women, 1989-2010. Obstetrical & Gynecological Survey, 69(12), 726-728.

[ix] Sarnoff, D. S. (2014). Treatment of recurrent herpes labialis. Journal of Drugs in Dermatology: JDD, 13(9), 1016-1018.

[x] Public Health Agency of Canada. (2013). Genital herpes simplex virus (HSV) infections. Retrieved from http://www.phac-aspc.gc.ca/std-mts/sti-its/cgsti-ldcits/section-5-4-eng.php

[xi] Sarnoff, D. S. (2014). Treatment of recurrent herpes labialis. Journal of Drugs in Dermatology: JDD, 13(9), 1016-1018.

[xii] Posner, T. (2000). The ‘Herpes’ phenomenon: Media myths, meanings, and medicines. Science as Culture, 9(4), 445-467.

[xiii] Pirtle, E., & Beran, G. (1991). Virus survival in the environment. Rev Sci Tech, 10(3), 733-748.

[xiv] Mahendiran, Shavitri, Burkhart, Craig G., & Burkhart, Craig N. (2010). Herpes: Issues under the cold sore. Open Dermatology Journal, 4(1), 101-104.

[xv] Scoular, A. (2002). Using the evidence base on genital herpes: Optimising the use of diagnostic tests and information provision. Sexually Transmitted Infections, 78(3), 160-165.

[xvi] Mahendiran, Shavitri, Burkhart, Craig G., & Burkhart, Craig N. (2010). Herpes: Issues under the cold sore. Open Dermatology Journal, 4(1), 101-104.

[xvii] Bickford, J., Barton, S., & Mandalia, S. (2007). Chronic genital herpes and disclosure… the influence of stigma. International Journal of STD & AIDS, 18(9), 589-592.

[xviii] Posner, T. (2000). The ‘Herpes’ phenomenon: Media myths, meanings, and medicines. Science as Culture, 9(4), 445-467.

[xix] Yen, Sophia. (2010). « Reputable » but inaccurate: Reproductive health information for adolescents on the web.(FEATURE). Knowledge Quest, 38(3), 62.