Articles

Santé sexuelle et santé mentale : les deux côtés d’une même médaille

Par Laurie Edmiston

Les participants au Congrès La santé mentale pour tous 2016 de l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) étaient un nouveau public pour CATIE. C’était la première fois que nous étions invités comme exposant à un congrès sur la santé mentale. La plupart des visiteurs de notre kiosque n’avaient jamais entendu parler de nous. Après un bref échange, une intervenante en santé mentale de la région de Niagara nous a dit : « J’aurais aimé vous connaître il y a six mois ».

Cette femme venait de nous parler d’un client séropositif au VIH qui avait des relations sexuelles sans condom. Je lui ai demandé : « Avez-vous déjà entendu parler du traitement comme outil de prévention? De la charge virale indétectable ou de la prophylaxie pré-exposition (PrEP)? » Elle connaissait quelque peu ces méthodes de prévention du VIH, mais seulement parce qu’elle s’était renseignée par elle-même.

Un autre intervenant – des services correctionnels, cette fois – est passé nous voir. Il a pris quelques dépliants sur les notions élémentaires du VIH et l’injection sécuritaire pour les clients. Il ne savait pas que CATIE offrait autant de ressources imprimées sur la réduction des méfaits, et que certaines portaient spécifiquement sur les prisons.

Ces deux fournisseurs de services ignoraient que CATIE offre des renseignements sur le VIH et l’hépatite C à tous les travailleurs de première ligne, intervenant sur le terrain ou non. Nous aurions pu leur sauver beaucoup de temps en leur fournissant l’information dont leurs clients avaient besoin.

Ce ne sont là que deux exemples tirés d’un seul événement tenu l’an dernier à Toronto. Mais ils illustrent la nécessité que les organismes en santé sexuelle collaborent avec les organismes en santé mentale afin de rehausser les connaissances entourant la santé et la réduction des méfaits.

Santé physique + santé mentale = santé globale

La santé physique et la santé mentale sont deux aspects fondamentaux de notre santé globale. Ces deux éléments se recoupent et contribuent au bien-être général de l’individu. Le VIH et la santé mentale sont également interconnectés et l’on ne devrait pas les compartimenter. Pour améliorer la vie des personnes vivant avec le VIH ou à risque, nous devons collaborer avec des intervenants en santé mentale à faire en sorte que les deux secteurs partagent leur expertise et développent leurs compétences et leur capacité.

Voici ce que nous savons déjà.

Les troubles de santé mentale sont des facteurs de risque pour la transmission du VIH. Il existe une corrélation entre une mauvaise santé mentale et les comportements à risque. Certaines personnes se tournent vers les drogues, le sexe ou l’alcool pour faire face au stress, à l’anxiété ou à une faible estime de soi. Le recours aux drogues ou au sexe comme mécanisme d’adaptation peut créer une dépendance. Si l’individu est dépendant, son jugement peut être altéré lors de relations sexuelles ou de l’injection de drogues, ce qui peut l’exposer à un risque pour le VIH ou l’hépatite C.

Les troubles de santé mentale peuvent affecter d’autres résultats de santé des personnes vivant avec le VIH. Parfois, un diagnostic de VIH peut provoquer des troubles de santé mentale en raison de la peur ou de l’isolement associé à une nouvelle maladie. D’autres personnes vivant avec le VIH peuvent se sentir seules ou déprimées à certains moments de leur vie à cause de la stigmatisation et de la discrimination qu’elles rencontrent. Des études démontrent que les personnes vivant avec le VIH sont plus susceptibles d’avoir certains troubles de santé mentale. Nous savons également que la maladie à VIH peut affecter le cerveau, compte tenu de ses effets sur le système nerveux central. Tous ces facteurs affectent la qualité de vie.

Les personnes vivant avec le VIH qui suivent un traitement peuvent vivre longtemps et être heureuses et en santé, mais seulement si elles sont reliées aux soins et services appropriés. Nous devons les aider à recevoir ces soins, et nous assurer qu’elles ne tombent pas entre les mailles du filet. La recherche révèle également qu’une piètre santé mentale rend plus difficile pour certaines personnes séropositives au VIH de rester fidèles à leur traitement, de trouver des soins pour le VIH et d’y être fidèles.

Que pouvons-nous faire en tant que fournisseurs de services?

Les secteurs du VIH et de la santé mentale devraient s’unir et collaborer à diverses initiatives pour améliorer la santé des personnes vivant avec le VIH ou à risque pour celui-ci. Voici une brève liste d’exemples :

  1. Dépister les troubles de santé mentale chez les personnes séropositives au VIH et offrir des références en santé mentale aux clients qui en ont besoin. Intégrer des services de santé mentale dans les soins pour le VIH peut accroître l’accès au soutien et réduire la stigmatisation associée au VIH et aux troubles de santé mentale.
  2. Développer des ateliers de renforcement des compétences promouvant une santé mentale positive. Par exemple, CATIE offre aux travailleurs de première ligne un atelier intitulé « Le VIH et la santé émotionnelle », qui met en relief l’importance de bâtir des relations saines, de développer une estime de soi positive, d’avoir une attitude positive à l’égard de la sexualité et d’adopter une approche de réduction des méfaits. Enseigner ces compétences aux clients favorise la résilience et une santé globale améliorée.
  3. Utiliser des approches misant sur les pairs pour fournir de l’information sur le VIH et développer une santé mentale positive. CATIE et un groupe national de fournisseurs de soins de santé ont développé les Lignes directrices de pratique pour les pairs navigateurs de la santé auprès de personnes vivant avec le VIH après avoir constaté que les pairs servent de modèles en aidant les personnes vivant avec le VIH à développer leur estime de soi et une vision positive. Il est démontré que les pairs navigateurs en santé aident les personnes vivant avec le VIH à mieux naviguer dans le système de soins de santé, en les mettant en contact avec les services dont elles ont besoin pour se sentir bien.
  4. Fournir au personnel une formation sur le VIH, l’hépatite C, la santé mentale et leur prise en charge. Ceci peut être aussi simple que d’offrir des ressources, des outils et des cours aux employés de première ligne qui travaillent auprès de personnes vivant avec le VIH. CATIE offre un éventail de documents gratuits à commander. Nous offrons également des cours en ligne sur eduCATIE.ca.

En tant que planificateurs de programmes de santé communautaire, travailleurs sociaux, agents correctionnels, infirmières de santé publique et médecins, il est de notre rôle de faire en sorte que les personnes vivant avec le VIH ou à risque reçoivent les traitements et le soutien dont elles ont besoin – qu’il s’agisse d’antirétroviraux, d’une thérapie cognitivo-comportementale, d’un traitement de substitution aux opioïdes ou d’un groupe de discussion dirigé par des pairs. Travaillons ensemble à réaliser cela!

Pour plus d’information sur le VIH et le bien-être émotionnel, communiquez avec CATIE : sans frais au 1-800-263-1638, sur le Web à www.catie.ca ou par courriel à [email protected]. CATIE offre de l’information en français et en anglais.

Ressources recommandées :

 

Éliminons la stigmatisation entourant les infections transmissibles sexuellement

En dépit des efforts de santé publique en cours et du fait que les infections transmissibles sexuellement (ITS) sont évitables et traitables, de nouveaux cas d’infection continuent à apparaître et sont même en augmentation. De 2010 à 2015, il y a eu une augmentation de 85,6 % du taux déclaré de syphilis, de 65,4 % du taux déclaré de gonorrhée et de 16,7 % du taux déclaré de chlamydia.

Même si des efforts continus de sensibilisation du public sont déployés pour s’attaquer aux perceptions associées aux ITS, la stigmatisation persiste. La stigmatisation peut avoir des effets négatifs sur la santé mentale et entraîner des sentiments de honte, l’isolement et une image négative de soi. Ces sentiments peuvent aussi être des obstacles qui empêchent les gens de se faire dépister ou de se prévaloir des soins, du traitement et du soutien dont ils ont besoin.

Les personnes atteintes d’une ITS peuvent être victimes de stigmatisation ou se sentir stigmatisées, en particulier dans les établissements de santé. Il est important que nous, en tant que professionnels de la santé, en soyons conscients et que nous évitions les sources potentielles de stigmatisation. Gardez à l’esprit ce qui suit :

  1. Tenez compte de vos préjugés : Réfléchissez à vos attitudes et croyances personnelles. Ne faites pas de suppositions sur le sexe, l’orientation sexuelle ou la sexualité de votre patient.
  2. Renseignez-vous sur la façon de parler de santé sexuelle : Soyez conscient des mots que vous utilisez. Créez des dialogues francs et respectueux avec vos patients au sujet de la santé sexuelle et montrez que vous êtes à l’écoute de leurs divers besoins.
  3. Faites preuve de compassion : L’épuisement professionnel et l’usure de compassion sont des préoccupations réelles chez les professionnels de la santé qui voient plusieurs patients coup sur coup et qui commencent à mettre l’accent sur la maladie plutôt que sur la personne. Le simple fait de manifester de l’empathie pour les personnes aux prises avec une ITS peut grandement contribuer à ce qu’elles se sentent valorisées et respectées.

La santé sexuelle fait partie intégrante de notre santé et de notre bien-être en général. Pendant la Semaine de sensibilisation à la santé sexuelle et génésique, je vous encourage à réfléchir à ce que vous pouvez faire afin de réduire la stigmatisation et de favoriser une santé sexuelle positive pour tous les Canadiens.

Webinar de l’Agence de santé publique du Canada : Semaine SSG 2018

Cette année, la Semaine SSR aura lieu du 12 au 18 février sur le thème: De Corps et d’Esprit. Organisé par Action Canada, la campagne offre des ressources aux fournisseurs de soins de santé pour avoir des conversations ouvertes avec leurs patients et fournir des soins affirmatifs et non stigmatisants lorsque la santé mentale et la santé sexuelle et reproductive sont connectées. La campagne verra également le lancement de plusieurs articles par des experts communautaires travaillant à ces intersections, une entrevue de style podcast entre un fournisseur de soins de santé et une personne travaillant à la défense des droits des patients, et bien plus encore! Le webinaire présentera les différents éléments de la campagne et présentera aux participants quelques-uns des conseils rapides pour fournir des soins de qualité aux intersections de la santé mentale et sexuelle/ génésiques.

Jeudi le 25 janvier 2018 de 13h00 à 14h00
Heure normale de l’est (Montréal, GMT-05:00)

Cliquez ici pour enregistrer dès aujourd’hui!

À propos de la Semaine SSG 2018 !

La Semaine SSG est une campagne de promotion et de médias sociaux qui vise à rehausser la sensibilisation à la santé sexuelle et génésique et à offrir des ressources pour améliorer la santé communautaire.

Cette année, la campagne portera sur les intersections entre la santé mentale et la santé sexuelle ainsi que sur tous les liens complexes qui existent entre le bien-être sexuel et mental. Pour ce faire, nous développons une campagne intitulée Entre le corps et l’esprit, qui stimulera le dialogue sur les interrelations entre ces deux aspects cruciaux de la santé.

Ceci est important pour les raisons suivantes :

  • Dans tous les aspects de notre vie, nous méritons d’être considérés comme des êtres complexes et entiers. Ceci signifie de reconnaître la santé et le bien-être mentaux et d’ordre sexuel/génésique comme faisant partie intégrante de notre bien-être global.
  • La santé mentale et la santé sexuelle/génésique sont deux composantes cruciales de notre santé globale, qui ne peuvent pas être compartimentées. De nombreuses recherches démontrent les liens multiples entre la santé mentale et la santé sexuelle/génésique.
  • Nous avons le droit à des soins de santé positifs et affirmatifs, qui répondent systématiquement et de manière proactive à nos besoins de santé mentale et de santé sexuelle/génésique, et à tous leurs recoupements.

La campagne, qui se déroulera du 12 au 16 février 2018, inclura :

  • Une série d’articles de blogue rédigés par des organismes communautaires dont le travail est axé sur la santé mentale et sexuelle/génésique;
  • Une ressource expliquant aux professionnels de la santé comment fournir des soins qui reconnaissent les liens entre le bien-être mental et sexuel, de manière complète et non stigmatisante;
  • Une baladodiffusion présentant un entretien entre une professionnelle de la santé et une cliente, sur ce à quoi peuvent et devraient ressembler des soins de santé mentale et sexuelle/génésique complets et non stigmatisants;
  • Une affiche conçue par l’artiste montréalaise Édith Boucher;
  • Un webinaire à l’intention des professionnels de la santé et des militants, à propos de la campagne de 2018, de son importance et des manières de s’impliquer.

Tous les documents seront déposés sur le site Web de la campagne, www.srhweek.ca, le 12 février 2018. Les nouvelles affiches seront expédiées avant les fêtes. Si vous ne receviez pas nos affiches gratuites, mais aimeriez qu’elles vous soient dorénavant envoyées, veuillez remplir ce bref formulaire de commande.