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Le programme Pieces to Pathways se prononce sur l’importance du soutien offert aux personnes queer ou trans en matière de santé mentale et d’utilisation de drogue ou d’alcool

De tout temps, les personnes LGBTQ n’ont pas été à l’aise de parler de leurs vies et de leurs expériences lorsqu’elles cherchent du soutien auprès des établissements de santé ou de services sociaux. Encore aujourd’hui, de nombreuses personnes souffrent d’abus, d’intimidation, de harcèlement et de discrimination parce qu’elles appartiennent à la communauté LGBTQ, un phénomène qui est également présent dans les établissements de santé. Les services en place n’ont pas été conçus en ayant les personnes communauté LGBTQ en tête et les prestataires de soins de santé ne reçoivent pas la formation adéquate pour satisfaire aux besoins de cette communauté. Pour répondre à cette lacune, Faith et Tim ont lancé Pieces to Pathways (P2P), un programme de réduction des méfaits par les pair(e)s pour les personnes queer et transgenres.

L’idée de lancer P2P est née au fil de discussions entre Faith et Tim, deux ami(e)s qui se sont rencontré(e)s en réadaptation. Les deux ont réussi à vaincre leurs dépendances grâce au programme des 12 étapes[1]. C’est cette expérience vécue en tant que personne queer et trans sobres, jumelée à leur bagage en développement communautaire, qui a inspiré la mise sur pied de ce nouveau programme.

Faith et Tim, qui n’hésitent pas à parler de leurs propres expériences avec la dépendance et la réadaptation, se faisaient souvent référer des ami(e)s ou des connaissances qui faisaient face à des difficultés liées à l’utilisation d’alcool ou de drogue. Faith et Tim rencontraient ces personnes, souvent dans des cafés, pour discuter de leurs parcours et partager ce qui avait fonctionné pour eux dans leur quête de la sobriété. Mais lorsque venait le temps de les orienter vers des services de santé ou à des services sociaux qui accompagnent les personnes queer et trans, Faith et Tim se sont rendu(e)s compte qu’il y avait fort peu d’endroits appropriés vers lesquels orienter leurs ami(e)s.

Faith et Tim ont lancé P2P à l’été 2014 et ont réussi, en décembre de la même année, à obtenir un financement gouvernemental pour que le Réseau local d’intégration des services de santé du Centre-Toronto mène une évaluation des besoins de la communauté. Un examen complet de la littérature comprenant l’analyse de 115 articles revus par les pair(e)s a été mené, 28 prestataires de services sociaux ont été interviewé(e)s, 640 jeunes de la communauté LGBTQ ont été sondé(e)s et 5 groupes de discussion réunissant 48 participant(e)s ont eu lieu, le tout avant la fin du mois de mars 2015. Les résultats, compilés dans un rapport final, correspondaient aux expériences vécues par Faith et Tim :

  • 65% des répondant(e)s au sondage ont indiqué que leur appartenance à la communauté LGBTQ a eu une incidence négative sur leurs expériences en lien avec les services offerts.
  • Le taux de prévalence de l’utilisation d’alcool ou de drogue dans la dernière année chez les jeunes queer/trans de Toronto était de 1,19 à 57,2 fois plus élevé que celui de la population canadienne en général.
  • 37% des répondant(e)s au sondage souhaitaient ou essayaient activement de réduire ou d’éliminer leur utilisation d’alcool.
  • 44% des répondant(e)s au sondage souhaitaient ou essayaient activement de réduire ou d’éliminer leur utilisation de drogue.

De nombreux jeunes queer ou trans utilisent l’alcool ou la drogue pour affronter l’oppression dont ils/elles sont victimes et, pour plusieurs, c’est souvent une question de survie. Lorsque ces jeunes croient avoir un problème d’utilisation de drogue ou d’alcool, ils/elles ne savent pas si les services en place pourront répondre à leurs besoins en tant que personne LGBTQ. Lorsque des membres de cette communauté vont chercher de l’aide et accèdent aux services, les deux tiers d’entre eux/elles disent vivre une expérience négative en raison de leur identité queer ou trans. Des répondant(e)s au sondage ont rapporté ne pas s’être senti(e)s suffisamment en confiance pour révéler leur identité, ne pas s’être senti(e)s accepté(e)s en raison de leur identité et avoir été maltraité(e)s par les prestataires de soins de santé. Il en résulte une situation déplorable où les personnes queer et trans sont confronté(e)s à un dilemme, soit d’utiliser des services qui peuvent être néfastes pour elles ou de complètement arrêter d’utiliser ces services.

Pour trouver une solution à ces problèmes, P2P a développé un programme par les pairs – dans lequel tout le personnel de première ligne s’identifie comme étant queer ou trans et a une expérience d’utilisation d’alcool ou de drogue, ainsi que de réadaptation, bien que définie librement par chaque personne. En vertu de ce modèle, les expériences vécues sont utilisées comme une stratégie d’intervention et comme un outil pour bâtir des collectivités pour les individus confrontés à ce type de défis. Le programme est actuellement hébergé par l’organisme Breakaway Addiction Services[2]. À titre de programme de réduction des méfaits, il offre un accompagnement individualisé pour gérer les cas particuliers, tient trois soirées pour la communauté où les participant(e)s peuvent venir à l’improviste et coorganise des groupes de thérapie comportementale dialectique (TCD)[3].

À travers le travail de P2P, les besoins en matière d’accès dans les établissements de santé pour les individus transgendériste ont été clairement exposés.

Les trois principaux besoins

Des toilettes non genrées, des formulaires d’admission inclusifs et une utilisation respectueuse des pronoms par chaque personne.

Lorsque ces besoins ne sont pas remplis, les patient(e)s/client(e)s disent ne pas se sentir respecté(e)s ou compris(e)s, ce qui peut résulter en un arrêt des traitements ou de l’utilisation du système de santé dans le futur.

10 conseils pour soutenir et aller vers les jeunes LGBTQ

  1. Si vous ne connaissez pas ou ne comprenez pas un concept particulier, faites une recherche sur Google ou demander à un(e) collègue.
  2. Évitez de présumer du genre, du sexe et de l’orientation sexuelle des gens.
  3. Si vous n’êtes pas certain(e) du pronom à utiliser pour désigner une personne, demandez-lui.
  4. Lorsque vous gérez un groupe, utilisez un pronom qui peut convenir à tout le monde et demandez aux personnes participantes si elles ont des besoins particuliers en matière d’accès.
  5. Si vous faites une erreur, ce n’est pas grave. Excusez-vous et corrigez le tir la prochaine fois.
  6. Démontrez votre soutien envers la communauté LGBTQ.
  7. Connaissez le point à partir duquel vous n’êtes plus en mesure d’aider une personne et, si nécessaire, orientez-la vers un(e) collègue ou un autre organisme.
  8. Restez à jour et gardez-vous informé(e) des enjeux historiques et contemporains liés à la communauté LGBTQ. Si vous apprenez quelque chose, partagez-le avec les autres.
  9. Demandez aux personnes ce qu’elles veulent, ce dont elles ont besoin et sachez comment elles veulent que leurs expériences soient définies.
  10. Sachez que les jeunes queer et trans n’ont pas tous et toutes les mêmes expériences.

[1] Les programmes des 12 étapes sont des programmes de soutien communautaire dans lesquels les personnes qui s’identifient comme étant toxicomanes ou alcooliques se rencontrent pour s’entraider.

[2] Situé dans le secteur Parkdale à Toronto

[3] Les activités que l’on peut joindre à l’improviste incluent une soirée sur l’abstinence les lundis, une période sur la réduction des méfaits pour les jeunes racialisé(e) les mardis et une soirée de réduction des méfaits les jeudis. P2P travaille régulièrement avec plusieurs prestataires de services de santé de Toronto en matière de dépendances, de réduction des méfaits et de santé mentale pour organiser du plaidoyer, de la formation et de l’éducation liées aux questions LGBTQ et de réduction des méfaits. Une fois par mois, P2P organise un atelier, ouvert à tous/toutes, de fabrication de trousses communautaires pour la réduction des méfaits. Les participant(e)s peuvent fabriquer des trousses pour l’utilisation sécuritaire du crack, de drogues injectables, de crystal, de même que des trousses pour l’injection d’hormones et le sécurisexe. P2P participe régulièrement à des événements similaires organisés par des organismes partenaires ainsi qu’à des fêtes pour effectuer des interventions de proximité en réduction des méfaits et pour distribuer des trousses.

Décoloniser le genre, la sexualité et la santé mentale

De quelles façons les traumatismes infligés à mon peuple par les pensionnats autochtones et la rafle des années 1960 ont-ils influencé notre perception du genre et de la sexualité? Comment la religion a-t-elle changé la manière dont nous percevons les relations humaines? Comment la perte de notre langue maternelle a-t-elle marqué la manière dont nous parlons de genre et de sexe? Ce sont des questions que je me pose lorsque je réfléchis aux raisons pour lesquelles les Autochtones ont des taux disproportionnellement élevés d’infections transmissibles sexuellement, incluant le VIH/sida. Les communautés autochtones peuvent également être très transphobes et homophobes en raison des effets du colonialisme et de l’omniprésence de l’homophobie et de la transphobie ailleurs dans la société.

Mais le problème le plus fondamental qui nous touche est la stigmatisation et la manière dont cela affecte la santé mentale des peuples autochtones à travers le Canada.

Je suis membre de la Première Nation crie Saulteaux et je m’identifie comme étant une personne queer, transgenre et bispirituelle. J’ai grandi dans une communauté urbanisée et j’ai passé une grande partie de ma vie dans le mouvement des centres d’amitié, entourée d’autres Autochtones. Je considère avoir eu beaucoup de chance de grandir en tant que trans et queer dans une communauté urbaine où, contrairement à mes ami(e)s autochtones bispirituel(le)s de la communauté LGBTQ+ vivant dans le Nord, j’ai pu avoir accès à de nombreuses ressources et à l’espace nécessaire pour explorer mon identité.

J’ai eu accès à l’information et aux connaissances qui m’ont permis d’élargir mes propres connaissances sur la sexualité et le genre. J’ai eu accès à des lieux qui m’ont permis d’affirmer mon identité et je sais où je peux rencontrer d’autres membres de la communauté LGBTQ+. Je peux choisir avec quelles communautés je souhaite passer du temps. Je sais comment avoir accès à un traitement hormonal et je sais que les coûts de ma transition peuvent être couverts par mon statut d’Indien. J’ai été capable d’en apprendre plus et de promouvoir la sexualité et le genre sans avoir peur du regard des autres. Parce que j’ai eu accès à des ressources, je n’ai pas peur d’être qui je suis. Parce que je suis à l’aise avec mon identité, je suis à l’aise avec mon corps et avec le fait d’explorer et d’apprendre comment parler de la santé sexuelle. Il a également été plus facile pour moi de déstigmatiser mes propres points de vue touchant la sexualité et le genre, au point où j’ai décidé de poursuivre une carrière en santé sexuelle. Ce choix m’a permis d’apprendre à naviguer à travers le système de santé avec aisance. Je sais où me rendre pour passer un examen de routine en santé sexuelle et je saurai quoi faire si je contracte une ITS. Je connais les méthodes contraceptives qui me sont accessibles en raison de mon statut d’Indien et je sais comment obtenir la pilule contraceptive d’urgence Plan B à un moindre coût. Je sais où obtenir des services d’aide en cas d’agression sexuelle et je sais où me faire avorter si jamais j’en ai besoin. J’ai développé les connaissances de base en santé sexuelle grâce à l’enseignement prodigué à l’école publique. Je crois que ce sont des choses que beaucoup d’entre nous tiennent pour acquises.

Au cours de la dernière année et demie, j’ai travaillé auprès de plusieurs communautés autochtones pour élargir leur compréhension de la santé sexuelle, du genre et de la sexualité. J’ai également travaillé avec plusieurs jeunes leaders autochtones qui effectuent le même travail. Raconter des histoires dans des cercles de partage, lors desquels les participant(e)s sont assis(e)s en cercle et partagent leurs récits sans interruption, est une méthode autochtone de transmission du savoir qui est devenue fondamentale à mon travail. Il est important pour moi de consacrer du temps à écouter les diverses expériences vécues par les Autochtones en matière de santé sexuelle, de sexualité et de genre. C’est à travers ce procédé que j’ai appris plus concrètement comment l’histoire violente du colonialisme a marqué beaucoup d’Autochtones à travers le Canada et que de nombreux Autochtones ont toujours des préjugés sur la santé sexuelle, la sexualité et le genre. J’ai rencontré plusieurs Autochtones qui m’ont raconté leurs expériences et m’ont donné l’autorisation de partager quelques éléments de leurs récits avec d’autres personnes dans le but d’entamer un dialogue.