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Éducation sexuelle, cœurs brisés et santé mentale

La santé sexuelle, c’est plus que quelques parties du corps. Les jeunes avec lesquels je travaille comprennent cela instinctivement.

À titre d’animatrice en matière de sexualité et de santé génésique au Sexuality Education Resource Centre Manitoba, je travaille à divers projets dont un s’adressant aux jeunes nouveaux arrivants à Winnipeg. Intitulé « Our Families Can Talk About Anything » [« Nos familles peuvent parler de n’importe quoi »], ce projet rassemble des parents et des jeunes de familles nouvellement arrivées pour discuter de sexualité et de santé sexuelle et pour créer des ponts de communication sur ces sujets.

Lors de ces ateliers pour jeunes nouveaux arrivants, nous consacrons autant de temps aux discussions sur les cœurs brisés, les relations avec les parents et le consentement qu’à celles sur les vagins, les condoms et les ITS. La sexualité est un aspect complexe et dynamique de la nature humaine; toutes ses dimensions physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles se recoupent.

Je suis certaine que j’ai le meilleur travail de la province. J’ai la chance d’animer des ateliers et des discussions sur la santé sexuelle auprès de nouveaux arrivants qui jonglent avec les défis d’être jeunes à Winnipeg en 2018, d’apprendre à se connaître tout en devenant adultes et d’être les enfants de parents qui ne les comprennent peut-être pas. Ajoutons à cela les pressions et le stress de la puberté, des médias sociaux et des coups de foudre dans les corridors de l’école. C’est beaucoup à naviguer.

Dans ce portrait général, il est évident que la santé mentale joue un rôle crucial. Notre cœur, notre esprit et notre corps sont tous connectés.

Lors de nos séances, les jeunes parlent de relations avec les parents et de quête d’indépendance. Nous explorons les identités LGBT2SQ*, le respect de la diversité et les intersections avec les croyances religieuses. Nous échangeons sur le consentement, le harcèlement de rue et les relations violentes. Nous abordons l’image corporelle, l’image de soi et l’estime. Nous décortiquons les subtilités des prises de décisions, de la confiance en soi et des situations où il faut faire confiance aux autres. Nous discutons de ce que signifie le respect, celui de notre corps et celui du corps des autres. Nous parlons du racisme, de l’adaptation culturelle, de l’intimidation et de la communauté; des choix contraceptifs, des ITS et de la science du corps.

Nous parlons également des cœurs brisés. S’il y a une chose que j’aimerais vous communiquer pleinement, ce sont ces formidables conversations à propos des cœurs brisés. Les jeunes comprennent que la santé mentale est rattachée à la santé physique. Le cœur et les sentiments affectent directement les pensées et les actions. Les jeunes parlent avec éloquence du deuil d’une relation et des stratégies qu’ils se créent pour sortir du lit les matins où ils sont si tristes qu’ils peinent à respirer. Ils connaissent la douleur des ruptures et sentent le nuage qui plane au-dessus de leur tête pendant des mois, voire des années. Ils savent que le cœur et l’esprit sont connectés; ils travaillent fort à trouver des moyens de s’adapter.

Nous ne pouvons nous permettre d’ignorer les dimensions mentales, émotionnelles et spirituelles de la santé sexuelle. Parler de notre corps séparément de nos relations, de nos pensées et de nos sentiments, ce serait passer à côté d’une grande partie de l’histoire.

La femme de 16 ans qui demande des condoms parce qu’elle se sent poussée à avoir des relations sexuelles avec son copain (un copain dont elle ne peut parler à ses parents, car ceux-ci refusent qu’elle ait des fréquentations avant l’âge de 18 ans) subit d’énormes pressions de part et d’autre dans sa vie. Nous l’informons qu’elle peut se procurer des contraceptifs, et nous accompagnons ceux-ci d’information sur ses droits sexuels, sa valeur inhérente, sa capacité d’utiliser son corps de la manière qu’elle juge optimale, et sur ce à quoi ressemble une relation saine. La distribution de contraceptifs est importante, mais ce n’est pas la seule partie de la santé sexuelle à laquelle il faut porter attention; tous les aspects sont interreliés.

La santé sexuelle, c’est plus que quelques parties du corps. C’est l’interaction des aspects mental, physique, émotionnel et spirituel dans le contexte de notre sexualité et de notre compréhension de soi. C’est la santé mentale, les droits génésiques, l’accès à la contraception, le consentement, le corps, les relations saines, l’image corporelle, l’abolition du patriarcat, la justice sociale et tous les facteurs qui affectent notre corps et nos relations.

On ne peut séparer l’aspect physique du mental ou du spirituel; ça n’aurait pas de sens. Une éducation efficace en matière de santé sexuelle englobe tous les aspects de la sexualité, et c’est notre devoir d’offrir aux jeunes les compétences dont ils ont besoin pour composer efficacement avec tout ce qui se passe Entre le corps et l’esprit.

Le programme Pieces to Pathways se prononce sur l’importance du soutien offert aux personnes queer ou trans en matière de santé mentale et d’utilisation de drogue ou d’alcool

De tout temps, les personnes LGBTQ n’ont pas été à l’aise de parler de leurs vies et de leurs expériences lorsqu’elles cherchent du soutien auprès des établissements de santé ou de services sociaux. Encore aujourd’hui, de nombreuses personnes souffrent d’abus, d’intimidation, de harcèlement et de discrimination parce qu’elles appartiennent à la communauté LGBTQ, un phénomène qui est également présent dans les établissements de santé. Les services en place n’ont pas été conçus en ayant les personnes communauté LGBTQ en tête et les prestataires de soins de santé ne reçoivent pas la formation adéquate pour satisfaire aux besoins de cette communauté. Pour répondre à cette lacune, Faith et Tim ont lancé Pieces to Pathways (P2P), un programme de réduction des méfaits par les pair(e)s pour les personnes queer et transgenres.

L’idée de lancer P2P est née au fil de discussions entre Faith et Tim, deux ami(e)s qui se sont rencontré(e)s en réadaptation. Les deux ont réussi à vaincre leurs dépendances grâce au programme des 12 étapes[1]. C’est cette expérience vécue en tant que personne queer et trans sobres, jumelée à leur bagage en développement communautaire, qui a inspiré la mise sur pied de ce nouveau programme.

Faith et Tim, qui n’hésitent pas à parler de leurs propres expériences avec la dépendance et la réadaptation, se faisaient souvent référer des ami(e)s ou des connaissances qui faisaient face à des difficultés liées à l’utilisation d’alcool ou de drogue. Faith et Tim rencontraient ces personnes, souvent dans des cafés, pour discuter de leurs parcours et partager ce qui avait fonctionné pour eux dans leur quête de la sobriété. Mais lorsque venait le temps de les orienter vers des services de santé ou à des services sociaux qui accompagnent les personnes queer et trans, Faith et Tim se sont rendu(e)s compte qu’il y avait fort peu d’endroits appropriés vers lesquels orienter leurs ami(e)s.

Faith et Tim ont lancé P2P à l’été 2014 et ont réussi, en décembre de la même année, à obtenir un financement gouvernemental pour que le Réseau local d’intégration des services de santé du Centre-Toronto mène une évaluation des besoins de la communauté. Un examen complet de la littérature comprenant l’analyse de 115 articles revus par les pair(e)s a été mené, 28 prestataires de services sociaux ont été interviewé(e)s, 640 jeunes de la communauté LGBTQ ont été sondé(e)s et 5 groupes de discussion réunissant 48 participant(e)s ont eu lieu, le tout avant la fin du mois de mars 2015. Les résultats, compilés dans un rapport final, correspondaient aux expériences vécues par Faith et Tim :

  • 65% des répondant(e)s au sondage ont indiqué que leur appartenance à la communauté LGBTQ a eu une incidence négative sur leurs expériences en lien avec les services offerts.
  • Le taux de prévalence de l’utilisation d’alcool ou de drogue dans la dernière année chez les jeunes queer/trans de Toronto était de 1,19 à 57,2 fois plus élevé que celui de la population canadienne en général.
  • 37% des répondant(e)s au sondage souhaitaient ou essayaient activement de réduire ou d’éliminer leur utilisation d’alcool.
  • 44% des répondant(e)s au sondage souhaitaient ou essayaient activement de réduire ou d’éliminer leur utilisation de drogue.

De nombreux jeunes queer ou trans utilisent l’alcool ou la drogue pour affronter l’oppression dont ils/elles sont victimes et, pour plusieurs, c’est souvent une question de survie. Lorsque ces jeunes croient avoir un problème d’utilisation de drogue ou d’alcool, ils/elles ne savent pas si les services en place pourront répondre à leurs besoins en tant que personne LGBTQ. Lorsque des membres de cette communauté vont chercher de l’aide et accèdent aux services, les deux tiers d’entre eux/elles disent vivre une expérience négative en raison de leur identité queer ou trans. Des répondant(e)s au sondage ont rapporté ne pas s’être senti(e)s suffisamment en confiance pour révéler leur identité, ne pas s’être senti(e)s accepté(e)s en raison de leur identité et avoir été maltraité(e)s par les prestataires de soins de santé. Il en résulte une situation déplorable où les personnes queer et trans sont confronté(e)s à un dilemme, soit d’utiliser des services qui peuvent être néfastes pour elles ou de complètement arrêter d’utiliser ces services.

Pour trouver une solution à ces problèmes, P2P a développé un programme par les pairs – dans lequel tout le personnel de première ligne s’identifie comme étant queer ou trans et a une expérience d’utilisation d’alcool ou de drogue, ainsi que de réadaptation, bien que définie librement par chaque personne. En vertu de ce modèle, les expériences vécues sont utilisées comme une stratégie d’intervention et comme un outil pour bâtir des collectivités pour les individus confrontés à ce type de défis. Le programme est actuellement hébergé par l’organisme Breakaway Addiction Services[2]. À titre de programme de réduction des méfaits, il offre un accompagnement individualisé pour gérer les cas particuliers, tient trois soirées pour la communauté où les participant(e)s peuvent venir à l’improviste et coorganise des groupes de thérapie comportementale dialectique (TCD)[3].

À travers le travail de P2P, les besoins en matière d’accès dans les établissements de santé pour les individus transgendériste ont été clairement exposés.

Les trois principaux besoins

Des toilettes non genrées, des formulaires d’admission inclusifs et une utilisation respectueuse des pronoms par chaque personne.

Lorsque ces besoins ne sont pas remplis, les patient(e)s/client(e)s disent ne pas se sentir respecté(e)s ou compris(e)s, ce qui peut résulter en un arrêt des traitements ou de l’utilisation du système de santé dans le futur.

10 conseils pour soutenir et aller vers les jeunes LGBTQ

  1. Si vous ne connaissez pas ou ne comprenez pas un concept particulier, faites une recherche sur Google ou demander à un(e) collègue.
  2. Évitez de présumer du genre, du sexe et de l’orientation sexuelle des gens.
  3. Si vous n’êtes pas certain(e) du pronom à utiliser pour désigner une personne, demandez-lui.
  4. Lorsque vous gérez un groupe, utilisez un pronom qui peut convenir à tout le monde et demandez aux personnes participantes si elles ont des besoins particuliers en matière d’accès.
  5. Si vous faites une erreur, ce n’est pas grave. Excusez-vous et corrigez le tir la prochaine fois.
  6. Démontrez votre soutien envers la communauté LGBTQ.
  7. Connaissez le point à partir duquel vous n’êtes plus en mesure d’aider une personne et, si nécessaire, orientez-la vers un(e) collègue ou un autre organisme.
  8. Restez à jour et gardez-vous informé(e) des enjeux historiques et contemporains liés à la communauté LGBTQ. Si vous apprenez quelque chose, partagez-le avec les autres.
  9. Demandez aux personnes ce qu’elles veulent, ce dont elles ont besoin et sachez comment elles veulent que leurs expériences soient définies.
  10. Sachez que les jeunes queer et trans n’ont pas tous et toutes les mêmes expériences.

[1] Les programmes des 12 étapes sont des programmes de soutien communautaire dans lesquels les personnes qui s’identifient comme étant toxicomanes ou alcooliques se rencontrent pour s’entraider.

[2] Situé dans le secteur Parkdale à Toronto

[3] Les activités que l’on peut joindre à l’improviste incluent une soirée sur l’abstinence les lundis, une période sur la réduction des méfaits pour les jeunes racialisé(e) les mardis et une soirée de réduction des méfaits les jeudis. P2P travaille régulièrement avec plusieurs prestataires de services de santé de Toronto en matière de dépendances, de réduction des méfaits et de santé mentale pour organiser du plaidoyer, de la formation et de l’éducation liées aux questions LGBTQ et de réduction des méfaits. Une fois par mois, P2P organise un atelier, ouvert à tous/toutes, de fabrication de trousses communautaires pour la réduction des méfaits. Les participant(e)s peuvent fabriquer des trousses pour l’utilisation sécuritaire du crack, de drogues injectables, de crystal, de même que des trousses pour l’injection d’hormones et le sécurisexe. P2P participe régulièrement à des événements similaires organisés par des organismes partenaires ainsi qu’à des fêtes pour effectuer des interventions de proximité en réduction des méfaits et pour distribuer des trousses.

Réflexions sur les raisons pour lesquelles le sexe est bon quand je vais bien

Ma santé sexuelle représente plus pour moi que des condoms gratuits et des dépliants reçus lors d’un événement, ou quelques dépistages par année.

Ce qui se passe ailleurs dans ma vie a un impact considérable sur mes décisions en lien avec le sexe, le nombre de relations sexuelles que j’ai, et comment je me sens avant, pendant et après. J’aimerais partager mes réflexions sur quelques facteurs qui peuvent favoriser notre santé mentale et sexuelle et avoir un impact positif sur notre bien-être général :

  1. des professionnel(le)s et des services accessibles et compétents, et
  2. des espaces pour déconstruire et assimiler la stigmatisation et la discrimination.

Il est important de discuter de ces choses, car la sexualité est souvent déconnectée des autres aspects de notre vie. Cette connexion est primordiale si nous voulons explorer les interrelations entre notre santé mentale et sexuelle.

Les professionnel(le)s médicaux doivent nous demander ce qui se passe dans les autres sphères de notre vie. Ce faisant, ils comprendront mieux l’impact de nos relations, de notre vie sociale, de notre travail et de nos études sur notre santé et notre bien-être. Si certains services de santé ne sont pas culturellement sûrs ou éclairés par le vécu social, en particulier pour les minorités sexuelles et de genre, des individus pourraient ne pas recevoir les soins dont ils ont besoin et qu’ils méritent. Par exemple, il se pourrait qu’on ne nous fasse pas les bons prélèvements lors d’un dépistage d’ITS de routine, ou qu’on n’aborde pas la contraception avec les hommes trans à cause de suppositions hétéronormatives quant au type de relations sexuelles qu’ils ont. Ou encore, il se pourrait que des hommes gais, bi et queer n’aient pas accès à la PrEP au moment où ils en ont besoin, même s’ils forment la population affectée de la manière la plus disproportionnée par le VIH au Canada.

Accroître l’accès au traitement du VIH, à la PrEP et à la contraception peut être une façon de rehausser la confiance et l’aisance des gens face au sexe; et cela a également un impact direct sur notre santé sexuelle et mentale. En s’inquiétant moins du VIH ou de la grossesse, certaines personnes pourraient être moins stressées ou anxieuses. Mais ce pourrait aussi être une excellente occasion d’avoir des conversations avec nos partenaires au sujet du sexe que nous voulons, et d’être confiants que nous avons les outils et le soutien pour le concrétiser.

L’accès à des professionnel(le)s de la santé mentale compétents est aussi important. J’aimerais tant que les histoires de personnes qui consultent un thérapeute (parfois durant des années), mais qui ne se voient jamais poser de questions sur le sexe ou la sexualité, soient des exceptions. Si nous ne pouvons pas parler de nos identités sexuelles dans un espace aussi sécuritaire que la thérapie, celle-ci ne pourra pas nous aider à relier l’identité sexuelle aux autres aspects de notre vie.

Il y a des conséquences plus larges au fait de ne pas pouvoir parler ouvertement et franchement avec notre médecin, notre thérapeute ou l’intervenant de notre clinique de santé sexuelle. Au-delà de l’impact immédiat sur notre bien-être, et plus précisément sur notre santé sexuelle, cela perpétue l’idée que la discrétion est le fondement du rapport normal et attendu avec le praticien. Cela empêche également de normaliser le sexe et la sexualité en tant qu’aspects fondamentaux d’une discussion sur la vie humaine saine.

Il est important d’identifier et de déconstruire la stigmatisation dans nos collectivités. Un langage stigmatisant dans nos communautés a de vastes impacts négatifs. Par exemple, le sexe entre hommes est constamment décrit en termes de risque plutôt que de plaisir, ce qui perpétue l’idée que les personnes qui appartiennent à ces communautés ou y sont associées sont une menace pour la santé publique. Sur le plan individuel, des membres de ces communautés peuvent intérioriser ces messages et percevoir de manière négative leurs propres actions ou comportements.

Réfléchissez aux impacts de la stigmatisation sur divers aspects de votre vie. Si nous entendons constamment un langage stigmatisant et l’utilisons pour parler du sexe que nous avons, quel impact cela a-t-il sur notre bien-être? Comment ceci peut-il influencer la manière dont nous parlons de sexe avec nos partenaires, ou les types de sexe que nous avons par rapport au sexe que nous voulons? Avoir un espace pour aborder et normaliser le sexe queer et les défis de santé mentale permet de déconstruire une partie de l’anxiété et de la honte associées à l’intériorisation d’un langage stigmatisant.

C’est là un facteur clé de ma compréhension de ma sexualité queer, au-delà du sexe. Cela m’aide à reconnaître que ma valeur en tant que personne queer ne repose pas sur mon degré de désirabilité sexuelle et que ma capacité d’établir et de cultiver des relations ne dépend pas du sexe que j’ai ou n’ai pas. Lorsque je me sens en bonne santé mentale et que je suis capable d’appliquer ces affirmations, j’ai confiance en les choix que je fais pour ma santé sexuelle.

Le soutien à la santé mentale et la normalisation des défis connexes doivent faire partie de notre approche à la santé sexuelle et à l’éducation en matière de sexualité. Cela pourrait sembler énorme, dans un contexte où les services de santé mentale sont souvent inaccessibles. Mais nous avons la capacité d’encourager des attitudes plus positives à l’égard de la santé mentale dans nos organismes, nos écoles et nos communautés. En reconnaissant l’importance de la santé mentale pour notre santé sexuelle, nous pourrons utiliser cette compréhension pour être plus réactifs au langage stigmatisant; développer des programmes d’éducation et des projets qui reconnaissent et valorisent l’importance d’une santé sexuelle holistique; et militer pour des politiques qui assurent cette connexion aux paliers institutionnel et structurel.

Je n’ai pas la recette secrète qui se résume dans un seul article de blogue, quant aux façons de répondre à toutes ces problématiques qui recoupent tant d’enjeux sociaux, politiques et économiques plus larges. Mais je voulais illustrer brièvement comment l’exclusion de la sexualité, dans nos discussions sur la santé et le bien-être d’ordre mental, peut créer une déconnexion qui empêche les gens d’avoir une vision plus holistique de leur santé sexuelle.

Avoir un bon thérapeute et un bon médecin est une manière parmi tant d’autres de soutenir notre bien-être. Développer une communauté, et interagir avec elle sont des choses qui peuvent aider à chasser la solitude et l’isolement, et à montrer que les personnes queer méritent leur place et que leur sexualité est valide. Mais ceci est important pour tout le monde, à toutes les intersections. La santé sexuelle est une réalité sociale et nous ne pouvons ignorer cet aspect de notre bien-être dans la quête d’une meilleure santé sexuelle pour nous-mêmes et pour nos communautés.

Décoloniser le genre, la sexualité et la santé mentale

De quelles façons les traumatismes infligés à mon peuple par les pensionnats autochtones et la rafle des années 1960 ont-ils influencé notre perception du genre et de la sexualité? Comment la religion a-t-elle changé la manière dont nous percevons les relations humaines? Comment la perte de notre langue maternelle a-t-elle marqué la manière dont nous parlons de genre et de sexe? Ce sont des questions que je me pose lorsque je réfléchis aux raisons pour lesquelles les Autochtones ont des taux disproportionnellement élevés d’infections transmissibles sexuellement, incluant le VIH/sida. Les communautés autochtones peuvent également être très transphobes et homophobes en raison des effets du colonialisme et de l’omniprésence de l’homophobie et de la transphobie ailleurs dans la société.

Mais le problème le plus fondamental qui nous touche est la stigmatisation et la manière dont cela affecte la santé mentale des peuples autochtones à travers le Canada.

Je suis membre de la Première Nation crie Saulteaux et je m’identifie comme étant une personne queer, transgenre et bispirituelle. J’ai grandi dans une communauté urbanisée et j’ai passé une grande partie de ma vie dans le mouvement des centres d’amitié, entourée d’autres Autochtones. Je considère avoir eu beaucoup de chance de grandir en tant que trans et queer dans une communauté urbaine où, contrairement à mes ami(e)s autochtones bispirituel(le)s de la communauté LGBTQ+ vivant dans le Nord, j’ai pu avoir accès à de nombreuses ressources et à l’espace nécessaire pour explorer mon identité.

J’ai eu accès à l’information et aux connaissances qui m’ont permis d’élargir mes propres connaissances sur la sexualité et le genre. J’ai eu accès à des lieux qui m’ont permis d’affirmer mon identité et je sais où je peux rencontrer d’autres membres de la communauté LGBTQ+. Je peux choisir avec quelles communautés je souhaite passer du temps. Je sais comment avoir accès à un traitement hormonal et je sais que les coûts de ma transition peuvent être couverts par mon statut d’Indien. J’ai été capable d’en apprendre plus et de promouvoir la sexualité et le genre sans avoir peur du regard des autres. Parce que j’ai eu accès à des ressources, je n’ai pas peur d’être qui je suis. Parce que je suis à l’aise avec mon identité, je suis à l’aise avec mon corps et avec le fait d’explorer et d’apprendre comment parler de la santé sexuelle. Il a également été plus facile pour moi de déstigmatiser mes propres points de vue touchant la sexualité et le genre, au point où j’ai décidé de poursuivre une carrière en santé sexuelle. Ce choix m’a permis d’apprendre à naviguer à travers le système de santé avec aisance. Je sais où me rendre pour passer un examen de routine en santé sexuelle et je saurai quoi faire si je contracte une ITS. Je connais les méthodes contraceptives qui me sont accessibles en raison de mon statut d’Indien et je sais comment obtenir la pilule contraceptive d’urgence Plan B à un moindre coût. Je sais où obtenir des services d’aide en cas d’agression sexuelle et je sais où me faire avorter si jamais j’en ai besoin. J’ai développé les connaissances de base en santé sexuelle grâce à l’enseignement prodigué à l’école publique. Je crois que ce sont des choses que beaucoup d’entre nous tiennent pour acquises.

Au cours de la dernière année et demie, j’ai travaillé auprès de plusieurs communautés autochtones pour élargir leur compréhension de la santé sexuelle, du genre et de la sexualité. J’ai également travaillé avec plusieurs jeunes leaders autochtones qui effectuent le même travail. Raconter des histoires dans des cercles de partage, lors desquels les participant(e)s sont assis(e)s en cercle et partagent leurs récits sans interruption, est une méthode autochtone de transmission du savoir qui est devenue fondamentale à mon travail. Il est important pour moi de consacrer du temps à écouter les diverses expériences vécues par les Autochtones en matière de santé sexuelle, de sexualité et de genre. C’est à travers ce procédé que j’ai appris plus concrètement comment l’histoire violente du colonialisme a marqué beaucoup d’Autochtones à travers le Canada et que de nombreux Autochtones ont toujours des préjugés sur la santé sexuelle, la sexualité et le genre. J’ai rencontré plusieurs Autochtones qui m’ont raconté leurs expériences et m’ont donné l’autorisation de partager quelques éléments de leurs récits avec d’autres personnes dans le but d’entamer un dialogue.

Éliminons la stigmatisation entourant les infections transmissibles sexuellement

En dépit des efforts de santé publique en cours et du fait que les infections transmissibles sexuellement (ITS) sont évitables et traitables, de nouveaux cas d’infection continuent à apparaître et sont même en augmentation. De 2010 à 2015, il y a eu une augmentation de 85,6 % du taux déclaré de syphilis, de 65,4 % du taux déclaré de gonorrhée et de 16,7 % du taux déclaré de chlamydia.

Même si des efforts continus de sensibilisation du public sont déployés pour s’attaquer aux perceptions associées aux ITS, la stigmatisation persiste. La stigmatisation peut avoir des effets négatifs sur la santé mentale et entraîner des sentiments de honte, l’isolement et une image négative de soi. Ces sentiments peuvent aussi être des obstacles qui empêchent les gens de se faire dépister ou de se prévaloir des soins, du traitement et du soutien dont ils ont besoin.

Les personnes atteintes d’une ITS peuvent être victimes de stigmatisation ou se sentir stigmatisées, en particulier dans les établissements de santé. Il est important que nous, en tant que professionnels de la santé, en soyons conscients et que nous évitions les sources potentielles de stigmatisation. Gardez à l’esprit ce qui suit :

  1. Tenez compte de vos préjugés : Réfléchissez à vos attitudes et croyances personnelles. Ne faites pas de suppositions sur le sexe, l’orientation sexuelle ou la sexualité de votre patient.
  2. Renseignez-vous sur la façon de parler de santé sexuelle : Soyez conscient des mots que vous utilisez. Créez des dialogues francs et respectueux avec vos patients au sujet de la santé sexuelle et montrez que vous êtes à l’écoute de leurs divers besoins.
  3. Faites preuve de compassion : L’épuisement professionnel et l’usure de compassion sont des préoccupations réelles chez les professionnels de la santé qui voient plusieurs patients coup sur coup et qui commencent à mettre l’accent sur la maladie plutôt que sur la personne. Le simple fait de manifester de l’empathie pour les personnes aux prises avec une ITS peut grandement contribuer à ce qu’elles se sentent valorisées et respectées.

La santé sexuelle fait partie intégrante de notre santé et de notre bien-être en général. Pendant la Semaine de sensibilisation à la santé sexuelle et génésique, je vous encourage à réfléchir à ce que vous pouvez faire afin de réduire la stigmatisation et de favoriser une santé sexuelle positive pour tous les Canadiens.

La Semaine SSG de 2018 est à nos portes!

La Semaine de sensibilisation à la santé sexuelle et génésique (Semaine SSG) se déroulera du 12 au 16 février et le thème de cette année sera « Entre le corps et l’esprit »

Nous voulons susciter des conversations qui aident à clarifier le lien entre la santé sexuelle et la santé mentale. Nous consultons d’ailleurs l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) dans le cadre de nos préparatifs pour la Semaine SSG de 2018.

Outre les affiches de l’artiste montréalaise Édith Boucher, la Semaine SSG de 2018 inclura une série d’articles de blogues rédigés par des organismes communautaires, une ressource pour les professionnels de la santé sur les soins complets et non stigmatisants qui abordent les nombreux liens entre la santé mentale et la santé sexuelle/génésique, des baladodiffusions, un webinaire, et plus encore!

Nous serons aussi présents sur Facebook et Twitter! Trouvez-nous @srhweek ou téléchargez notre trousse de médias sociaux à www.semainessg.ca (bientôt disponible).

La nouvelle campagne et ses ressources seront accessibles sur www.semainessg.ca dès le 12 février.

Vous ne pouvez plus attendre? Le site et tous les formidables outils des campagnes passées sont accessibles toute l’année; ils incluent des informations bilingues complètes, dignes de confiance, accessibles et actualisées sur la santé sexuelle et génésique. Visitez www.semainessg.ca et voyez par vous-mêmes!

Bien sûr, toute campagne a besoin de voix solides pour faire une différence. Aidez-nous à promouvoir la santé sexuelle et génésique, en cette Semaine SSG, en installant des affiches, en suivant @SRHweek sur Facebook et Twitter, en visitant www.semainessg.ca et en aidant à diffuser le message!

Vous avez besoin d’affiches? Pas de problème! Pour commander des exemplaires de l’affiche, visitez www.semainessg.ca et remplissez le formulaire de commande d’affiches. Nous serons heureux de vous en faire parvenir sans frais.

Merci de nous aider à faire les liens entre santé mentale et santé sexuelle/génésique!

Le temps est venu de faire la connexion «Entre le corps et l’esprit»!

Webinar de l’Agence de santé publique du Canada : Semaine SSG 2018

Cette année, la Semaine SSR aura lieu du 12 au 18 février sur le thème: De Corps et d’Esprit. Organisé par Action Canada, la campagne offre des ressources aux fournisseurs de soins de santé pour avoir des conversations ouvertes avec leurs patients et fournir des soins affirmatifs et non stigmatisants lorsque la santé mentale et la santé sexuelle et reproductive sont connectées. La campagne verra également le lancement de plusieurs articles par des experts communautaires travaillant à ces intersections, une entrevue de style podcast entre un fournisseur de soins de santé et une personne travaillant à la défense des droits des patients, et bien plus encore! Le webinaire présentera les différents éléments de la campagne et présentera aux participants quelques-uns des conseils rapides pour fournir des soins de qualité aux intersections de la santé mentale et sexuelle/ génésiques.

Jeudi le 25 janvier 2018 de 13h00 à 14h00
Heure normale de l’est (Montréal, GMT-05:00)

Cliquez ici pour enregistrer dès aujourd’hui!

À propos de la Semaine SSG 2018 !

La Semaine SSG est une campagne de promotion et de médias sociaux qui vise à rehausser la sensibilisation à la santé sexuelle et génésique et à offrir des ressources pour améliorer la santé communautaire.

Cette année, la campagne portera sur les intersections entre la santé mentale et la santé sexuelle ainsi que sur tous les liens complexes qui existent entre le bien-être sexuel et mental. Pour ce faire, nous développons une campagne intitulée Entre le corps et l’esprit, qui stimulera le dialogue sur les interrelations entre ces deux aspects cruciaux de la santé.

Ceci est important pour les raisons suivantes :

  • Dans tous les aspects de notre vie, nous méritons d’être considérés comme des êtres complexes et entiers. Ceci signifie de reconnaître la santé et le bien-être mentaux et d’ordre sexuel/génésique comme faisant partie intégrante de notre bien-être global.
  • La santé mentale et la santé sexuelle/génésique sont deux composantes cruciales de notre santé globale, qui ne peuvent pas être compartimentées. De nombreuses recherches démontrent les liens multiples entre la santé mentale et la santé sexuelle/génésique.
  • Nous avons le droit à des soins de santé positifs et affirmatifs, qui répondent systématiquement et de manière proactive à nos besoins de santé mentale et de santé sexuelle/génésique, et à tous leurs recoupements.

La campagne, qui se déroulera du 12 au 16 février 2018, inclura :

  • Une série d’articles de blogue rédigés par des organismes communautaires dont le travail est axé sur la santé mentale et sexuelle/génésique;
  • Une ressource expliquant aux professionnels de la santé comment fournir des soins qui reconnaissent les liens entre le bien-être mental et sexuel, de manière complète et non stigmatisante;
  • Une baladodiffusion présentant un entretien entre une professionnelle de la santé et une cliente, sur ce à quoi peuvent et devraient ressembler des soins de santé mentale et sexuelle/génésique complets et non stigmatisants;
  • Une affiche conçue par l’artiste montréalaise Édith Boucher;
  • Un webinaire à l’intention des professionnels de la santé et des militants, à propos de la campagne de 2018, de son importance et des manières de s’impliquer.

Tous les documents seront déposés sur le site Web de la campagne, www.srhweek.ca, le 12 février 2018. Les nouvelles affiches seront expédiées avant les fêtes. Si vous ne receviez pas nos affiches gratuites, mais aimeriez qu’elles vous soient dorénavant envoyées, veuillez remplir ce bref formulaire de commande.

8 conseils pour offrir des soins de qualité aux jeunes autochtones du nord

À quoi ressemblent des soins de santé sexuelle de qualité et non stigmatisants pour les jeunes autochtones et des régions nordiques? Cette question est devenue très importante pour moi.

J’ai eu le privilège de discuter de cette question en profondeur avec des jeunes des Territoires du Nord-Ouest, du Yukon et du Nunavut, à titre d’animatrice de programme pour FOXY (« Fostering Open eXpression among Youth »), un programme de santé sexuelle et génésique fondé sur les arts, lauréat du Prix inspiration arctique de 2014, qui a conquis le Nord grâce à son approche révolutionnaire pour parler de santé sexuelle, de sexualité et de relations avec les jeunes.

Les huit réponses suivantes sont une compilation de mes discussions de groupe candides et ouvertes avec des jeunes autochtones et des régions nordiques.

  1. Dites-leur que vous êtes heureux qu’ils soient là

Une des meilleures choses que vous puissiez faire pour encourager les jeunes à recourir aux soins de santé, pour qu’ils aient une expérience positive et pour les aider à passer le message, c’est de les accueillir et de les féliciter d’avoir pris les moyens de prendre soin d’eux. Pour plusieurs individus, en particulier les jeunes, le fait de ne pas se sentir bienvenus ou de ne pas être traités de manière neutre peut être rebutant. Un accueil chaleureux et un bravo pour leur présence font toute la différence.

  1. Confidentialité

Lorsqu’on vit dans une petite ville, il peut être utile d’être assuré que sa relation avec un professionnel de la santé est confidentielle. Bien sûr, soyez honnête quant à toute restriction qui s’applique, en particulier pour les jeunes. Mais la confidentialité est très importante, dans le contexte de la santé sexuelle et génésique; rappeler aux patients que leurs renseignements sont en sécurité est un pas de plus vers une consultation réussie.

  1. Soyez accessible

Dans le Nord, où les soins de santé ne sont pas toujours accessibles, vous devez être aussi disponible que possible. Ce pourrait être la toute première fois, ou la première fois depuis longtemps qu’une personne choisit d’accéder à vos services ou est en mesure de le faire – soyez attentif.

  1. Écoutez

La plainte numéro 1 des adolescents à l’égard des professionnels de la santé est qu’ils n’écoutent pas! Que nous le faisions parce que nous supposons qu’il ne comprend pas ou qu’il ne sait pas prendre de bonnes décisions, ne pas être à l’écoute d’un jeune patient aura immanquablement pour effet qu’il se renferme et qu’il érige une barrière qui sera encore plus difficile à surmonter la prochaine fois qu’il aura besoin d’accéder au système de soins de santé. Après tout, les jeunes sont les experts à propos d’eux-mêmes; et je vous assure que nous sommes beaucoup plus susceptibles de les sous-estimer que de les surestimer.

  1. Reconnaissez les barrières linguistiques

Il est important de reconnaître que plusieurs jeunes autochtones des régions nordiques n’ont pas le français ou l’anglais comme langue maternelle. De plus, la maîtrise du français ou de l’anglais comme langue seconde n’est pas indicatrice de l’intelligence ou de la capacité de comprendre un concept. Les gens comprendront si vous formulez les choses de la bonne façon.

  1. Ne faites pas de suppositions quant au genre ou à la sexualité

L’hétéronormativité est un puissant dissuasif dans l’accès aux soins de santé chez les jeunes LGBTQ2+. En ne supposant pas le genre ou la sexualité d’un patient, vous aidez à combattre la stigmatisation et à fournir des soins supérieurs et plus complets.

  1. Soyez renseigné sur les traumatismes et la violence

On observe une tendance, dans les cercles médicaux du Canada, à se renseigner davantage sur les traumatismes et la violence. Cela peut aider à fournir des services très cruciaux à un vaste segment démographique, d’une manière qui optimise la réceptivité et l’efficacité. Nous pouvons faire plusieurs choses pour reconnaître la violence et le traumatisme et pour adapter nos consultations médicales, dans le cas d’un patient qui fait face à de telles expériences.

  1. Préparez-les à la prochaine fois

Vous ne savez pas qui fournira des soins à votre patient la prochaine fois. Encouragez-le à ne pas abandonner si sa prochaine expérience n’est pas idéale; rappelez-lui qu’il peut demander un deuxième avis, et que c’est un choix responsable s’il considère ne pas avoir reçu les soins appropriés.

Nous contribuons tous à l’héritage de notre époque, et j’espère que nous progressons vers de meilleurs services pour tous, y compris pour nos jeunes autochtones et des régions nordiques qui habitent dans de petites communautés éloignées. Ces huit mesures exigent de la pratique pour devenir une seconde nature, mais elles en valent la peine. Lorsque nous faisons sentir à nos patients qu’ils le méritent, ils nous le rendent tout autant.

Confidences sur l’oreiller : des nouvelles fabuleuses à propos du sexe

Prêts pour des confidences sur l’oreiller?, thème de l’édition 2017 de la Semaine de sensibilisation à la santé sexuelle et génésique, ne pourrait arriver à un moment plus opportun en ce qui concerne le VIH et les relations sexuelles plus sécuritaires.

Bien sûr que nous sommes prêts! Et les partenaires sexuels sérodifférents – l’un des deux est séropositif et l’autre séronégatif – ont toutes les raisons d’injecter un peu de célébration dans leurs confidences sur l’oreiller. Pourquoi? Parce que les experts en science de la transmission du VIH déclarent maintenant que les personnes séropositives ne transmettent pas le virus à leurs partenaires sexuels si elles suivent un traitement contre le VIH, qu’elles reçoivent des soins réguliers et qu’elles ont une charge virale indétectable et ce, avec ou sans condom!

On ne pourrait exagérer la nature « fabuleuse » de cette nouvelle. En ce moment historique, nous célébrons l’avancée la plus importante dans le monde du VIH depuis l’avènement des combinaisons de médicaments efficaces il y a 20 ans. Une personne qui suit un traitement antirétroviral et qui maintient une charge virale indétectable peut maintenant déclarer « Je ne suis pas infectieuse! »

Comment en sommes-nous arrivés là?

Les données de recherche sur la prévention comme outil de traitement s’accumulent lentement depuis de nombreuses années. En juillet 2016, les auteurs de deux grandes études (PARTNER et HPTN 052) ont publié des résultats finaux  révélant zéro cas de transmission du VIH parmi les partenaires sexuels sérodifférents lorsque la personne vivant avec le VIH suivait un traitement, avait une charge virale indétectable et recevait des soins réguliers. Grâce à ces résultats, « Nous disposons maintenant de 10 000 années personnes (de suivi) avec zéro cas de transmission causée par des personnes dont le virus est supprimé », a reconnu le Dr Myron Cohen (chercheur principal de l’étude HPTN 052).

Convaincu par cette masse de données probantes, CATIE a récemment appuyé  la Déclaration de consensus de la campagne pour l’accès à la prévention, célébrant ainsi le fait que « indétectable égale intransmissible ». Mise de l’avant par un groupe de personnes dévouées vivant avec le VIH, cette déclaration révolutionnaire a poussé CATIE à modifier ses propres messages sur la prévention de la transmission sexuelle du VIH. Il est important que tous les fournisseurs de services liés au VIH de première ligne comprennent l’évolution du langage afin qu’ils puissent communiquer correctement ces nouvelles révélations concernant la transmission du VIH.

Dans l’esprit de « lancer une conversation » sur les meilleurs soins possibles en cette Semaine de sensibilisation sur la santé sexuelle et génésique, décortiquons ce message « indétectable égale intransmissible » ou « I=I » en fonction du langage familier du domaine.

Pouvons-nous vraiment dire que le risque n’existe pas?

Oui! Nous pouvons et devons le dire. Même si les études ont fait état de « zéro transmission », le concept de « zéro risque » met de nombreuses personnes mal à l’aise parce qu’il est impossible pour la recherche de prouver de manière concluante que le risque est zéro. Statistiquement, nous ne pouvons écarter la possibilité qu’un très faible risque perdure, peu importe ce que nous disent les données. Mais insister sur la possibilité d’un événement très rare peut aussi être trompeur. Dans le cas qui nous concerne, une masse imposante de données probantes nous révèle que les personnes ayant une charge virale indétectable ne transmettent pas le VIH; dans le jargon de la recherche, on dit que le risque est négligeable (ce qui veut dire insignifiant ou pas assez important pour qu’on en tienne compte).

Mais que veut dire négligeable pour la personne moyenne? Il est certain que ce mot ne transmet pas le grand enthousiasme que cette nouvelle incroyable suscite chez les personnes vivant avec le VIH. Il se peut bien que négligeable soit le mot exact, mais il ne constitue pas un message convenable. Si le risque est négligeable, nous devons être prêts à reconnaître qu’il n’a pas d’importance.

Un message important pour les personnes séronégatives et les personnes séropositives

Les personnes séronégatives ont besoin de savoir que les personnes séropositives qui suivent un traitement, qui reçoivent des soins et qui maintiennent une charge virale indétectable constituent des partenaires sexuels très sécuritaires parce que leur VIH a été diagnostiqué et est bien contrôlé. Cela contredit les messages de prévention qui ont circulé pendant de nombreuses années; dans ceux-là, les partenaires séronégatifs des personnes vivant avec le VIH étaient considérés comme les personnes les plus à risque de contracter l’infection. Nous savons maintenant que la plupart des transmissions du VIH ont comme source des personnes qui vivent avec le VIH sans le savoir (les non-diagnostiqués). Ce changement de paradigme nous oblige à adopter de nouveaux messages qui communiquent clairement où le risque réside réellement, c’est-à-dire pas chez les personnes séropositives diagnostiquées qui ont et qui maintiennent une charge virale indétectable.

Il est également important que les personnes vivant avec le VIH entendent ce message afin qu’elles puissent avoir confiance dans leur capacité d’avoir une vie sexuelle saine. Les personnes vivant avec le VIH continuent de faire face à la stigmatisation, et cela a un impact sur leur vie de plusieurs façons. En continuant d’insister sur un risque qui est négligeable, nous ne faisons rien pour combattre la stigmatisation liée au VIH. Le message I=I peut réduire la stigmatisation en éliminant la peur que les personnes séropositives soient des partenaires sexuels « infectieux » et « dangereux ».

Nous devons nous assurer que nos messages sur la prévention du VIH aident les personnes à qui nous parlons, au lieu de leur nuire. Avec un peu de créativité et d’audace, ces messages peuvent être pertinents pour les communautés que nous desservons tout en restant solidement ancrés dans la science.

Vous pouvez trouver plus d’information sur le site Web de CATIE dans la section intitulée La charge virale indétectable et la transmission sexuelle du VIH. Vous pouvez également trouver des ressources sur la prévention sur le site catie.ca et ajouter le nom de votre organisme à la Déclaration de consensus de la campagne pour l’accès à la prévention. Aidons-nous à répandre la nouvelle! Faites-vous tester, suivez un traitement, devenez indétectable puis faites-vous plaisir!

Par Camille Arkell et Laurie Edmiston, CATIE. Camille Arkell est spécialiste en connaissances, science biomédicale de la prévention, chez CATIE. Laurie Edmiston est directrice générale de CATIE. www.catie.ca